Les Quatre étapes de la Téchouva
« Je vous sortirai des souffrances d’Egypte, Je vous sauverai… Je vous libérerai... Je vous prendrai pour Moi en tant que peuple. »
(Exode 6 – 6,7)
C’est par ces quatre expressions que D-ieu trace à Moché, au début de notre Paracha, le programme de la délivrance. Nos sages affirment, dans le Talmud, que les quatre coupes de vin que nous buvons pendant le Séder de Pessa’h correspondent, en fait, aux quatre verbes utilisés par Hachem pour annoncer l’Exode.
Rabbi Chnéour-Zalman reprend cette idée dans son Choul’han Arou’h – code de loi – et il précise que « les sages ont instauré l’action de boire quatre coupes de vin par rapport aux quatre expressions : Je vous sortirai… Je vous libérerai... Je vous prendrai... Je vous sauverai. » Nous remarquons que Rabbi Chnéour-Zalman a inversé l’ordre initial du verset. Il serait donc intéressant de comprendre la raison de ce changement.
L’exode représente, dans une dimension spirituelle, la démarche du retour vers D-ieu, la Téchouva. Or, dans cette démarche, nous pouvons définir quatre niveaux qui sont en allusion dans le verset des Psaumes (14 – 15) : « Eloigne-toi du mal ; fais le bien ; recherche la paix ; poursuis-la ! »
Le premier niveau, « Eloigne-toi du mal », implique que l’individu ne vienne pas à fauter dans la pensée, la parole et l’action. S’il arrive qu’il pèche, il doit alors regretter ses méfaits et déraciner son désir pour le mal. En fait, l’homme ne peut envisager de se séparer de D-ieu ; il souhaite rétablir Sa révélation dans l’immanence.
Le deuxième niveau, « fais le bien », réclame que l’on fasse Téchouva sur les éventuelles imperfections dans la pratique des Mitsvoth et des bonnes actions. L’objectif est de remplir le vide de sainteté et de ferveur dû à la lassitude dans les commandements ; la dynamique se doit d’être d’une extrême intensité de sorte qu’il puisse s’unir avec le niveau du Divin qui transcende le monde.
Le troisième niveau, celui de la recherche de la paix, est une forme encore plus élevée de Téchouva ; dans cette dimension, l’homme tente d’exceller dans le domaine de l’étude de la Torah au sujet de laquelle nos sages affirment qu’elle « établit la paix dans les Cieux et ici-bas. » Ce degré permet à l’homme d’atteindre un aspect du Divin qui touche à l’Essence. Il dépasse à la fois les Cieux – la transcendance – et la terre – l’immanence.
Le plus haut degré de Téchouva, celui de l’engagement dans la Torah, se compose lui-même en deux niveaux – recherche la paix et poursuis-la – correspondant à l’exotérisme, la partie dévoilée, et à l’ésotérisme.
Les quatre coupes du Séder symbolisent ces quatre niveaux de retour vers D-ieu. Par conséquent, les quatre expressions reflètent leur contenu.
Ainsi, les termes « Je vous sortirai des souffrances d’Egypte » évoquent la démarche de « Eloigne-toi du mal ».
L’expression « Je vous sauverai – Véhitsalti » fait allusion à l’initiative d’inviter D-ieu dans notre quotidien grâce à la pratique des Mitsvoth. En effet, « Véhitsalti » rappelle le terme hébraïque de Tsel qui signifie Ombre. Par les Mitsvoth, la divinité se retrouve dans l’ombre de l’homme.
Nos sages affirment que « seul l’individu qui étudie la Torah peut être qualifié véritablement d’homme libre. » Aussi, « Je vous libérerai » rappelle ce niveau. Il fait référence en particulier à celui qui se consacre à l’étude de la partie révélée ; tandis que « Je vous prendrai pour Moi » parle d’un lien plus intime. Il exprime la recherche du Divin à travers l’étude des dimensions cachées de la Torah.
Ce sont donc là quatre étapes du Retour vers D-ieu que la Torah énumère du plus bas niveau au plus élevé. Néanmoins, il existe un débat dans le Talmud pour définir ce qui de l’étude ou de l’action est plus important. Si on envisage que l’étude est prédominante, il est juste que les termes « Je vous libérerai » et « Je vous prendrai » viennent en dernier puisqu’ils expriment les plus hauts niveaux de la progression spirituelle. Par contre, si on soutient l’idée que c’est l’action qui est plus importante, il est alors logique de citer les mots « Je vous sauverai – Je serai votre ombre » en dernier.
Nous pouvons comprendre, maintenant, la différente présentation de ces expressions dans la Torah et dans le Choul’han Arou’h. La Torah personnifie l’étude, c’est pourquoi elle place les verbes exprimant l’engagement intellectuel au point culminant. Le Choul’han Arou’h, le code des lois Juives, a pour objet de définir la manière d’agir et d’observer les Mitsvoth, c’est pourquoi il met l’accent sur l’action en citant « Je vous sauverai – Je serai votre ombre » en dernier.
Likouté Si’hoth Vol XI