Voir La Divinité

Il est convenu que le nom d’une Paracha reflète tous les thèmes contenus en elle, aussi nombreux et divers soient-ils. Cette idée s’inspire du principe selon lequel tout élément de la Création reçoit l’énergie Divine qui le crée de son nom hébraïque. Aussi, les enseignements d’une Paracha se trouveraient – en substance – dans son nom.

Le passage que nous lisons ce Chabbath se nomme « Vaéra – Je Me suis révélé. » Hachem rappelle à Moché qu’Il s’est révélé aux Patriarches. Qu’est-ce que cela implique-t-il ? Quel enseignement devons-nous tirer du nom « Vaéra » ? Il est, en fait, du devoir de l’homme de servir D-ieu dans une approche de vision et de révélation.

Les aspirations du corps et de l’âme sont antithétiques ; ils sont comparables à l’obscurité et à la lumière. Le corps seul est obscur ; l’âme vient alors l’éclairer de la lumière de la Torah et des Mitsvoth. L’exil et la Guéoulah sont aussi des opposés. A l’instar du corps qui obscurcit et voile la lumière apportée par l’âme, le phénomène de l’exil obscurcit la lumière Divine dans ce monde. Le Galouth n’est pas uniquement une question de déplacement géographique ; c’est, avant tout, une dissimulation du Divin.

Les ténèbres de l’exil sont si fortes que Moché en vient à interpeller D-ieu : « Hachem, pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple ? »

En exil, le peuple Juif n’est jamais tranquille tant spirituellement que matériellement ; il est sans cesse pourchassé et éprouvé. Les épreuves qu’il traverse sont susceptibles d’affaiblir son état d’esprit et l’empêcher de servir Hachem de manière appropriée.

La réponse de D-ieu à la question de Moché fut « Vaéra ». Le Juif doit s’efforcer de voir la Divinité. Nous ne pouvons nous limiter à croire que D-ieu existe et qu’Il surveille et maîtrise les dimensions matérielles ; la conscience du Divin devrait nous habiter comme si nous étions réellement en train de Le voir.

Il existe une différence fondamentale entre l’ouie et la vision : la vue d’un événement laisse une marque indélébile chez l’observateur. Il ne remettra pas en question ce dont il a été le témoin vivant. Alors que celui qui aurait simplement entendu parler d’un fait, serait peut-être marqué sur place ; mais avec le temps, le sentiment s’estompera et il pourra le remettre en doute : « Ai-je vraiment bien entendu ? Celui qui me l’a rapporté était-il fiable ? » Ces deux dimensions existent aussi dans le domaine du vécu religieux. Il y a celui dont le rapport à la spiritualité est comparable à l’ouie ; il en aurait entendu parler. C’est le concept de transmission. Alors qu’il existe celui pour qui D-ieu et Ses Mitsvoth sont d’une évidence limpide tant son vécu et ses expériences personnelles en sont marqués. Ce dernier vit un rapport à D-ieu comparable à la vision.

C’est vers cela que devrait tendre notre perception du Judaïsme. Nous devons retrouver la Divinité qui habite ce monde malgré la dissimulation produite par l’exil. C’est la seule garantie pour que l’exil n’affaiblisse pas notre élan et notre engagement.

D’autre part, la question de Moché – « pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple ? » – constitue aussi un enseignement. Nous ne devons jamais accepter la situation du Galouth, nous y complaire ou même nous y habituer. Le Juif peut et doit interpeller D-ieu quotidiennement sur cette situation insupportable.

Il est vrai que l’observance de la Torah et des Mitsvoth est aussi réalisable en exil, mais nous ne devons pas accepter que cela perdure. Comme Moché nous devons nous adresser à D-ieu du fond du cœur et dire : « Le temps de notre Guéoulah est arrivé ! » Parallèlement, nous devons continuer à nous améliorer et à intensifier notre engagement dans le domaine de l’étude et des actes avec la foi que Hachem anime le monde.

Likouté Si’hoth Vol II