Le Nom de Vérité
« Je Me suis révélé à Avraham, à Yits’hak, à Yaakov en tant que Kel Chakaï – D-ieu tout Puissant – mais sous Mon Nom ‘l’E-ternel’ – Havaya l’ineffable – Je ne me suis pas fait connaître à eux. »
(Exode 6 – 3)
« Je ne Me suis pas fait connaître par Mon attribut illimité de Vérité. »
Rachi
Rabbi Chnéour-Zalman explique que D-ieu vient ici répondre à la complainte de Moché (Exode 5 – 22) : « Pourquoi as-tu fait du mal à Ton peuple ? » En effet, Hachem dit que la libération est étroitement liée à la révélation du Nom ineffable. Pour atteindre un tel degré de révélation, il était indispensable que le peuple Juif traverse les épreuves de l’exil Egyptien.
La sortie d’Egypte ne représente pas tant la libération physique et spirituelle de l’esclavage ; son véritable objectif fut d’accéder à la révélation et à la connaissance du Nom Havaya. Tant que ce Nom, cet aspect du Divin, ne fut pas connu de nos ancêtres, il ne pouvait y avoir de véritable liberté.
Quel est donc le lien entre ce Nom Havaya et le concept de libération ?
Le mot Mitsrayim – Egypte – a la même racine hébraïque que le mot Meïtsar qui signifie étroitesse et limite. Tout être humain est par définition limité ; aussi même lorsqu’il sert D-ieu, l’homme reste contraint aux limites.
Dans un sens plus profond, la sortie d’Egypte exigeait que l’on transcende toutes les limites même celles du domaine spirituel. Naturellement, l’homme n’est pas capable de se surpasser par ses propres forces. Il ne pourra quitter son « Egypte » qu’en se fiant totalement à D-ieu pour devenir ainsi le réceptacle pour la révélation du degré de Havaya qui l’aidera à dépasser ses limites.
Ceci renferme une leçon éternelle pour chacun de nous : Une personne pourrait venir à penser qu’elle a déjà atteint sa « sortie d’Egypte » dès lors qu’elle estime s’être débarrassée des mauvaises pulsions, qu’elle consacre sa vie à l’étude de la Torah et à la pratique des Mitsvoth et que ses implications dans les affaires matérielles sont à des fins respectables – au Nom du Ciel.
Le verset de notre Paracha vient alors nous dire que l’on peut avoir atteint le degré spirituel des Patriarches – soit servir D-ieu d’une dévotion intègre – et pourtant tant que le degré de Havaya n’éclaire pas l’existence, on n’est pas encore libéré des contraintes, des limites de l’Egypte spirituelle.
Comment peut-on alors savoir si l’on a mérité la révélation de ce niveau ? L’indication de Rachi nous aide à répondre à ce problème : D-ieu ne S’est pas révélé aux Patriarches dans Sa splendeur, car « Je ne me suis pas fait connaître par Mon attribut illimité de Vérité. »
La vérité n’est pas sujette au changement. Aussi, le Talmud Yérouchalmi affirme que le sceau Divin est le mot Emeth – Vérité. Le mot Emeth s’écrit avec les trois lettres Alef, Mêm et Tav – la première, celle du milieu et la dernière lettre de l’alphabet hébraïque. Ceci vient souligner l’idée selon laquelle la vérité ne varie pas ; elle est absolue et applicable du début à la fin et en passant par le milieu de l’existence.
Voici, en fait, le critère permettant de déterminer si une personne a véritablement laissé derrière elle les contraintes spirituelles : lorsque la conduite personnelle défie tous les changements et les épreuves de la vie, lorsque l’étude de la Torah, la pratique des Mitsvoth et l’engagement dans la vie matérielle sont fait avec une régularité sans défaut et avec une totale dévotion pour D-ieu quelles qu’en soient les circonstances, alors nous pouvons affirmer avoir atteint réellement le stade de la libération spirituelle. Havaya S’est révélé en lui et son engagement est invariable.
Likouté Si’hoth Vol XXI