L’Erreur des Explorateurs
La Paracha de cette semaine, Chela’h, relate l’épisode des explorateurs envoyés par Moché pour espionner la terre de Canaan. Malheureusement, ils retournèrent et annoncèrent que la terre ne pouvait être conquise. Le peuple Juif, dirent-ils, ne sera pas capable d’entrer dans le pays, car « les habitants de cette terre sont puissants. »
Nos sages vont jusqu’à affirmer que les explorateurs en sont arrivés à croire que D-ieu lui-même ne serait d’aucun secours lors de la conquête de la terre. Leur rapport causa une grande consternation chez les Juifs, qui en conclurent qu’il leur serait impossible de conquérir Eretz Israël.
Comment est-il possible que les explorateurs aient réussi à convaincre le peuple Juif d’une telle idée, alors que les Béné-Israël étaient les témoins de la protection Divine particulière dont ils jouissaient. Comment oublier que D-ieu pourvoyait miraculeusement à leur nourriture dans le désert sous la forme de la Manne !
Le peuple Juif avait aussi connu des victoires surnaturelles sur ses ennemis : lorsqu’ils furent poursuivis par les Egyptiens, D-ieu leur ouvrit la mer. Ne pouvaient-ils pas admettre que des miracles du même type pouvaient aussi se produire dans la bataille contre Canaan ?
Les textes de la ‘Hassidouth expliquent que les espions ne voulaient pas entrer en Eretz Israël et préféraient rester dans le désert car ils ne voulaient pas descendre dans les dimensions matérielles et ils ne souhaitaient pas s’occuper d’activités mondaines.
Lorsque les Juifs étaient dans le désert, ils étaient séparés du monde matériel et de ses tracas ; même leur nourriture et leur boisson transcendaient le matériel, leurs vêtements grandissaient avec eux miraculeusement.
Cependant, une fois que le peuple Juif entra en Israël, la Manne cessa et ils furent forcés de manger du pain normal qui nécessitait tous les travaux physiques indispensables pour sa préparation tels que labourer, semer etc. Les explorateurs préféraient les conditions de vie du désert.
Même si leur intention était bonne, l’aspiration des explorateurs était déplacée : le but de la création est de faire une résidence pour D-ieu à partir des plus bas niveaux de l’existence, en transformant le physique en réceptacle pour la Divinité. Ceci ne pouvait être réalisé qu’en Israël, car là ils entraient dans une vie active normale et leur service de D-ieu consistait en une application de Mitsvoth s’inscrivant dans un cadre matériel.
Le changement de mode de vie que les Juifs devaient entreprendre à leur entrée en Eretz Israël explique comment les espions purent affirmer que D-ieu ne pourrait, lui-même, conquérir cette terre pour eux ; ils estimaient que les miracles n’avaient de place logique que lorsqu’ils vivaient dans un état surnaturel – leur séjour dans le désert - et qu’ils ne se produiraient plus dans un temps et dans un espace où tout ce qui concerne la vie ne s’inscrirait que dans un contexte naturel – Israël.
Apparemment la logique des explorateurs était cohérente ; en quoi consistait donc leur erreur ?
Leur erreur tenait dans le fait qu’ils considéraient qu’il existe deux sortes de conduites Divines, radicalement séparées l’une de l’autre – le naturel et le surnaturel. En réalité, D-ieu n’est pas limité à ces deux voies, car Il transcende et dépasse de la même manière le naturel et le surnaturel ; plus encore, Il est capable de les faire cohabiter.
C’est pourquoi, D-ieu désirant que les Juifs fassent d’Eretz Israël une résidence pour Lui en pratiquant des Mitsvoth naturelles et en s’impliquant dans une vie pleine de contraintes matérielles, ils n’avaient donc aucune raison de craindre les habitants de la terre de Canaan ; car bien que le monde garde ses caractéristiques matérielles, Hachem peut garantir que le peuple Juif – vivant dans des conditions naturelles – pourra accomplir sa mission de façon surnaturelle.
Likouté Si’hoth Vol IV
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