Le Bois de L’Espérance
« Véassita Eth Hakrachim – Et tu feras les poutres du Michkan – Tabernacle – en bois de Chittim. »
(Exode 26 – 15)
Le Michkan – le Tabernacle – était un sanctuaire ambulant que nos ancêtres ont construit dans le désert. Ce verset nous indique que sa structure était formée d’un assemblage de poutres en bois de Chittim – cèdres. Une quantité considérable d’arbres de Chittim était nécessaire à la construction de ce bâtiment ; or, les Béné-Israël étant dans le désert, où avaient-ils pu se procurer une telle matière ?
Rachi s’inspirant du Midrash Tan’houma nous indique que Yaakov avait – par inspiration prophétique – vu qu’un jour sa descendance sortirait d’Egypte et qu’elle serait amenée à construire un Sanctuaire dans le désert. C’est pourquoi, lorsqu’il fut contraint à descendre en Egypte à cause de la famine, il apporta avec lui de la terre d’Israël des plants de Chittim qu’il fit planter à Gochen. Avant de quitter ce monde, Yaakov rassembla ses enfants et il leur demanda de prendre, avec eux, ces arbres lorsque, le jour venu, ils quitteraient l’Egypte.
Cet épisode paraît extraordinaire, en effet, Yaakov se soucie à ce que ses descendants puissent trouver, deux cents ans plus tard, les arbres nécessaires à l’édification du Michkan. Il serait, tout de même, intéressant de comprendre pourquoi cela avait tant d’importance. Ne pouvait-on pas acheter ce bois, au moment voulu, auprès de marchands du désert ou bien envoyer des émissaires vers une des forêts les plus proches ?
En fait, la démarche de Yaakov ne consista pas à prévoir et à pourvoir aux besoins en bois de ses descendants ; quelque chose de plus profond se tramait là. L’intention profonde du Patriarche était de supporter, d’apporter l’espoir et la consolation au peuple Juif pour l’aider à surmonter les épreuves de l’exil. Si la promesse divine de la libération ne suffisait pas – parce qu’elle était abstraite –, Yaakov voulut planter l’espoir dans le cœur de ses descendants en plaçant devant eux ces plants de Chittim – dont ils avaient la garde durant toute la période de l’exil – et qui leur rappelaient de manière concrète qu’un jour viendra où ils s’en serviront pour édifier un Sanctuaire pour D-ieu en toute liberté.
D’ailleurs, le fait que ces arbres furent apportés depuis la Terre Sainte par Yaakov était une source supplémentaire de consolation et de réconfort : ils symbolisaient, à la fois, l’origine du peuple d’Israël, et l’espoir de voir, un jour, leur rêve, de retourner à la terre ancestrale, se réaliser.
Rachi précise que la source de cette explication est le Midrash Tan’houma. Or, il n’a pas l’habitude de donner la référence de ses commentaires. Il le fait ici exceptionnellement pour souligner que Tan’houma est précisément issu de la même racine hébraïque que le mot Né’hama qui signifie consolation.
Nous traversons les derniers instants de notre exil et nous avons nous aussi le privilège et la chance d’avoir nos « bois de Chittim » pour nous aider à surmonter les dernières épreuves. Il est dit dans les Psaumes (92 – 13) : « Le Tsaddik – le juste – fleurit comme un palmier ; comme un cèdre du Liban, il est élancé. » Les Tsaddikim sont nos « bois de Chittim » ; ils sont au-delà des contraintes de l’exil et ils transmettent au peuple Juif l’espoir en la Guéoulah.
C’est en s’inspirant de ces grands hommes et en se préparant concrètement à la Guéoulah que nous passerons du rêve à la réalité, des ténèbres à la consolation, à la venue de Machia’h.
Likouté Si’hoth Vol XXXI