Traverser la Nuée

« Moché pénétra dans le nuage et s’éleva sur la montagne… »

(Exode 24 – 18)

« Ce nuage était comme un genre de fumée dans laquelle D-ieu lui fit un passage. »

Rachi

La fin de notre Paracha – Michpatim – relate les événements qui suivirent le Don de la Torah. Moché gravit le Mont Sinaï où il séjourna 40 jours et 40 nuits.

Lorsque D-ieu se révéla pour donner les Dix Commandements la montagne était fumante, ainsi qu’il est dit (Exode 19 – 18) : « La montagne était toute fumante, parce que D-ieu y était descendu dans un feu.» Alors que notre Paracha nous parle de nuage. Quelle est donc la différence ?

La fumée est produite par la consumation d’une matière. La nature de la fumée produite dépend des propriétés de la matière qui brûle : plus elle sera raffinée, moins la fumée sera épaisse ; plus l’objet sera brut, plus la fumée sera âcre. Ainsi, l’état de la fumée peut nous indiquer le niveau de raffinement de la matière.

A l’instar de la consumation physique, il en de même pour la consumation spirituelle – l’élévation vers le Divin : la révélation du Feu d’en Haut engendre l’annulation de l’état matériel et sa consumation dans le Divin. Ceci nous permettra de comprendre la différence entre les deux versets précités. « La montagne était toute fumante » fait référence au moment du Don de la Torah. La révélation était, à cet instant, le seul produit de la manifestation du Divin sans que le monde se soit préalablement raffiné. Cette révélation causa l’annulation de l’état matériel au point d’envahir la montagne d’une fumée épaisse.

Tandis que notre Paracha parle des événements qui suivirent le Don de la Torah – le monde fut alors quelque peu raffiné et élevé ; c’est pourquoi, à cet instant, la descente de D-ieu sur la montagne n’engendra qu’une simple nuée. Rachi précise que celle-ci était semblable à de la fumée – bien que pas aussi épaisse et âcre – car, tant que le monde n’a pas encore atteint sa fusion avec la Sainteté, tant que la matière contient encore son caractère brut, la Révélation engendre alors une consumation. Moché ne traverse pas, certes, une fumée, mais une nuée car le monde a déjà commencé son processus de raffinement.

Ce passage constitue une leçon importante : Certains sont extrêmement peu disposés à s’abaisser pour raffiner les dimensions inférieures. Ils ne se voient pas quitter leur tour d’ivoire pour aller à la rencontre d’autres Juifs afin de leur montrer le chemin de la Torah et des Mitsvoth. Ce récit nous montre précisément qu’il est nécessaire d’élever les éléments les plus bas de la Création – le monde inerte symbolisé par le Mont Sinaï – et de les enflammer par le feu et la vitalité de la Torah et des Mitsvoth.

Quant à l’argument que le contact avec le monde matériel risque de les marquer et de toucher l’intégrité de leur rapport avec D-ieu, qu’ils ne craignent rien puisque – comme le précise Rachi – « D-ieu lui fit un passage. » C’est-à-dire, que D-ieu vient et accompagne l’homme dans sa mission de raffiner le monde et lui trace le chemin.

Likouté Si’hoth Vol XVI