Foi et Raison

Il existe dans la Torah deux types de commandements : des préceptes irrationnels et des lois rationnelles.

La semaine dernière, nous avons lu Parachath Yitro dans laquelle est relaté le récit du don de la Torah, Matan Torah, la révélation de l’au-delà, du supra-rationnel.

Notre Paracha, Michpatim, traite des lois logiques de justice sociale, une législation que l'esprit humain aurait instituée même si D-ieu ne l’avait pas inspiré à ce sujet.

Il est intéressant de remarquer que juste après la révélation, ce sont les préceptes rationnels qui nous sont présentés alors qu’il avait été « logique » de poursuivre l’épisode de la révélation par des commandements qui souligneraient eux aussi l’origine de l’au-delà, c’est-à-dire des commandements irrationnels que l’on appelle ‘Houkim.

Il est écrit (Exode 15-2) : « C’est mon D-ieu - je le glorifie, c’est le D-ieu de mon père - je l’exalterai. »

Les deux expressions « mon D-ieu » et « D-ieu de mon père » représentent deux dimensions du rapport d’un juif avec Hachem.

L’homme utilise d’abord la foi ; il a hérité de cette croyance innée « de son père. » Mais le Juif doit avoir une relation personnelle avec D-ieu et ce lien privilégié ne peut être produit que par sa propre réflexion. C’est à ce moment qu’il peut affirmer, « c’est mon D-ieu. »

Tant que l’homme se limite à croire en D-ieu, la Divinité est distante de son esprit. C’est seulement après avoir fait une recherche personnelle que l’homme peut affirmer, « c’est mon D-ieu. »

Le but du don de la Torah est de faire le lien entre les dimensions supérieures et spirituelles avec les degrés inférieurs et matériels. La mission de l’homme est de faire l’harmonie entre ces deux éléments sans qu’aucun des deux ne perde son caractère propre. C’est-à-dire que la matière devra s’unir avec D-ieu sans perdre son caractère physique.

Un monde où il n’y a de place que pour la révélation ne peut accomplir cette mission, car il ne laisse pas de place à la particularité de l’individu et à la perception intellectuelle.

Les « hautes » dimensions représentent ici la foi, alors que les dimensions du « bas » représentent la réflexion sur la Divinité.

Même si une personne est investie par la foi ceci ne va pas jusqu'à pénétrer tout son être, car il n’a produit aucun effort personnel pour cela. Tandis que s’il s’est investi intellectuellement pour comprendre, il peut se sentir, alors uni avec D-ieu au plus profond de son être.

Il est vrai, cependant, que la foi reste malgré tout indispensable, car l’intellect et l’analyse ont leurs limites, surtout lorsque l'amour-propre s’en mêle. Dans ce cas, il est certain que l’analyse peut perdre toute objectivité.

C’est donc une combinaison des deux fonctions qui nous assure la réussite. C’est en basant sa réflexion sur la foi que l’homme fera aboutir sa recherche.

Le but des révélations décrites dans la Parachath Yitro est que la Torah descende du « Haut » pour investir la raison humaine comme cela est exprimé par les préceptes rationnels de la Parachath Michpatim.

C’est pour cette raison que cette Paracha qui représente l’union du rationnel avec la sagesse Divine vient à la suite immédiate de celle de Yitro, l’épisode de la révélation et l’expression de la foi.

Likouté Si’hoth