L’Enigme de Rabbi Yo’hanan
Le Talmud relate, en détail, la disparition de Rabbi Yo’hanan Ben Zakaï. Nos sages rapportent que Rabbi Yo’hanan pleurait sur son lit de mort. Il disait : « Deux chemins sont devant moi : l’un mène au Gan-Eden et l’autre, au Guéhinom. Je ne sais pas sur quel sentier je serai conduit ! »
Il est évident et légitime que Rabbi Yo’hanan se souciait, car il doutait avoir atteint le degré de sainteté qui lui aurait permis d’entrer au Gan-Eden. Néanmoins, il est étonnant que cette inquiétude ne le troubla pas plus tôt. Pourquoi cette préoccupation est-elle apparue, chez ce personnage, précisément à ce moment ? N’est-ce pas là une question que l’homme devrait se poser en permanence ? !
Chaque Juif est investi d’une mission particulière qu’il doit accomplir durant sa vie. Un certain temps lui est alloué pour réaliser cette œuvre ; il n’a pour cela ni un jour en plus, ni un jour en moins. Ainsi, si un Juif manque, dans le cours de sa mission, de faire bon usage d’une journée, d’une heure, ou même d’un instant, c’est alors toute la mission qui est remise en question et pas uniquement le temps perdu.
Rabbi Yo’hanan s’est investi durant toute son existence – à chaque instant – pour sa mission ; aussi, il n’a jamais eu le loisir de faire une pause, même pour méditer sur son véritable statut spirituel. Ce n’est qu’à la fin de sa mission – juste avant de quitter ce monde – qu’il fut capable d’évaluer son œuvre.
La Paracha de Michpatim fait allusion à cette idée : l’attachement à sa mission. Le verset dit (Exode 23 – 25,26) : « Vous servirez uniquement l’E-ternel votre D-ieu…Nulle femme ne perdra son enfant, nulle ne sera stérile. Je te ferai vivre des jours pleins. »
Ceci signifie que, dans le domaine du service de D-ieu, lorsque l’on s’investit véritablement dans sa mission, on peut atteindre des dimensions insoupçonnables – son service engendre des enfants. Tandis que la personne qui se satisfait de ses actes, finit par échouer – il fait une fausse couche – et devient spirituellement stérile.
Pour mener à bien sa mission l’homme doit vivre une vie pleine de sens. Il doit prendre conscience de l’importance de chaque instant de vie que D-ieu lui alloue.
Lorsqu’une personne agit de la sorte, c’est sans difficulté – et avec un certain plaisir – qu’elle effacera tout sens de l’ego pour se concentrer entièrement sur la tâche qui lui a été assignée. Il se pourrait qu’elle devienne tellement absorbée – tel Rabbi Yo’hanan – qu’elle ne vienne plus à penser à sa propre personne ; seule la mission habite son esprit.
Lorsqu’un Juif montre un tel niveau d’abnégation, il est assuré que Hachem le gratifiera d’une vie pleine de sens. Et même si certains jours, il a manqué à l’appel, ou pire, s’il a agi de manière contre-productive, D-ieu promet dans ces versets qu’Il réparera les jours manquants. Finalement, tous ses jours seront devenus complets.