Essav a aussi sa Place

« Voici la descendance de Yits’hak fils d’Avraham. »

(Genèse  25 – 19)

« Il s’agit de Yaakov et de Essav dont parle la Paracha. »

 (Rachi)

La Paracha de cette semaine se nomme « Toldoth » qui signifie « descendance ». Elle parle, en effet, de l’éducation des enfants de Yits’hak.

Selon nos sages, il existe aussi un devoir et une responsabilité paternelle au sens spirituel : aider d’autres Juifs à retrouver la voie du Judaïsme. Le Talmud affirme, d’ailleurs, que celui qui enseigne aux enfants de son prochain peut être considéré comme un père.

Or, la descendance de Yits’hak ne se limite pas à Yaakov ; Essav en fait aussi partie ; il est fils de Yits’hak au même titre que son frère, le juste. Aussi, notre devoir est d’adopter ceux qui sont encore les semblables de Essav. Nous devons les approcher de la Torah et des Mitsvoth pour qu’ils deviennent de dignes descendants spirituels de Yits’hak.

Néanmoins, un point pose ici une interrogation. Il est reconnu, dans la tradition, que Yits’hak était un homme que D-ieu consacra intégralement à la spiritualité la plus élevée au point qu’Il lui interdit de sortir de la terre d’Israël. Il était investi d’un service interne. Comment cet homme pouvait-il, alors, s’investir dans le rapprochement du méchant ? ! Cette mission nécessite, à priori, la sortie de sa spiritualité, de son refuge, pour chercher son prochain !

Pourtant, force est de constater que c’est précisément la puissance du service de D-ieu de Yits’hak qui rapprocha des êtres les plus éloignés. Sans sortir de chez lui – à la différence d’Avraham – Yits’hak attirait les âmes égarées qui venaient à lui telles des étincelles qui sont happées par l’énergie produite par une torche flamboyante.

Cette idée trouve son expression dans la Paracha : lorsque la famine s’abat sur le pays, Yits’hak pense qu’il serait bon de descendre en Egypte afin d’y poursuivre l’œuvre de son père Avraham. Cependant, D-ieu l’arrêta et lui demanda de rester en terre de Canaan ; sa mission sera d’avoir une existence d’une extrême sainteté et, par le mérite de ses actes, la connaissance de D-ieu se propagera. D’ailleurs, par la suite Aviméle’h reconnaîtra : « Nous avons bien vu que Hachem était avec toi. »  

Pour Yits’hak, ses deux fils – le bon et la brute – avaient la même valeur. Yits’hak pouvait rester dans sa position spirituelle et tirer vers lui les personnes le plus éloignées.

Ceci constitue une importante leçon : il existe deux tendances dans la vie religieuse. Certains ont pour mission de voyager pour élever des enfants dans l’esprit de la Torah. Ces personnes doivent, de temps en temps, adopter le mode de vie de Yits’hak et s’investir totalement dans l’étude de  la Torah de manière contemplative.

En faisant cela, ils ne s’éloignent pas de leur mission initiale ; au contraire, ce voyage vers l’intérieur de leur propre personne ne pourra que les enrichir et avoir des effets bénéfiques sur l’action qu’ils mènent vers les autres.

Parallèlement,  ceux qui consacrent leur vie à l’étude et à la prière doivent sortir, périodiquement, de leur tour d’ivoire et aller vers les autres Juifs pour les approcher du Judaïsme. Ainsi, leur étude aura une nouvelle dimension, car elle sera empreinte du sentiment que leurs efforts doivent avoir aussi une portée sur l’autre.

Likouté Si’hoth Vol XXV