« Rassemble soixante-dix anciens d’Israël… Je prélèverai une partie de l’esprit qui est sur toi pour la faire reposer sur eux ; alors, ils porteront avec toi la charge du peuple et tu ne la porteras plus toi seul. »
(Nombres 11 – 17)
« Moché était comparable, à cet instant, à une bougie placée sur un chandelier à partir de laquelle seraient allumées beaucoup d’autres bougies sans que la flamme de la première ne diminue. Ainsi, la sagesse et l’esprit de Moché restèrent intactes même après l’émanation sur les soixante-dix anciens. »
(Sifri)
Un Midrash semble confirmer les paroles du Sifri : « Cette émanation a-t-elle affecté le degré ou la prophétie de Moché ? Non ! Car ceci est comparable à une bougie qui en allume d’autres et dont la lumière ne s’en trouve pas amoindrie. Là aussi, rien ne fut ôté à Moché, ainsi qu’il est dit : ‘Il n’a paru, dans le peuple d’Israël, aucun prophète tel que Moché. »
Ces deux Midrashim paraissent se rejoindre, pourtant, une simple lecture permet de déceler une différence. En effet, le Sifri précise dans son analogie que la bougie se trouve sur un Chandelier. Que signifie ce détail ? Il est évident que dans la démarche du Sifri ce détail n’est pas anodin.
D’autre part, quelle preuve tente d’apporter le Midrash du verset indiquant que Moché fut le plus grand des prophètes ? Il pourrait être possible que l’émanation causa quelque diminution chez Moché et qu’il resta, malgré tout, le plus grand des prophètes ? !
Du fait de la grandeur de Moché, il aurait été logique qu’il descende de son degré initial pour que son esprit puisse s’apposer sur les anciens. Cependant, ce ne fut pas le cas. Cette descente ne se produisit pas. Ce phénomène peut être attribué à deux facteurs :
a) A cet instant précis, Moché était déjà, pour une raison ou pour une autre, à un stade inférieur à son niveau initial. Il n’était donc pas si éloigné des anciens.
b) Moché était si grand qu’il était capable, tout en restant dans son monde, d’influer de son esprit sur les autres sans que cela ne lui impose un changement quelconque.
C’est ici que réside la différence entre les deux Midrashim. Le Sifri est un Midrash dont l’objet principal est la Hala’ha – la loi – qui a un regard et une interprétation pratiques des événements ; tandis que le Midrash fait partie de la Haggadah qui traite plus particulièrement les évènements sous une perspective spirituelle et mystique.
La requête que Moché présenta à Hachem afin d’être aidé à assumer la responsabilité du peuple prit place juste après la faute des Mithonénim – les plaignants, ces personnes qui se présentèrent avec de perfides plaintes. Cette malheureuse expérience causa une descente collective du peuple Juif et, du même coup, le guide – Moché – subit, lui aussi, les effets de la décadence.
Ainsi, dans l’esprit du Sifri, Moché était comparable à une bougie placée sur un chandelier ; c’est-à-dire, un guide accessible – ou accessoire. C’est pourquoi, ayant subi une descente, ceci n’en engendra pas une autre au moment de l’émanation sur les anciens.
A l’opposé, le Midrash considère Moché comme celui qui n’a pas son pareil ; il était donc capable de rester à son niveau et de partager avec les autres son esprit sans que cela ne l’affecte.
Likouté Si’hoth Vol VIII