Jamais Trop Tard

La Paracha de Béhaalot’ha raconte l’histoire qui mena à l’institution, par Hachem, de Pessa’h Chéni. Lorsque tout Israël, un an après la sortie d’Egypte, s’apprêtait à célébrer la fête de Pessa’h et se préparait à offrir l’Agneau Pascal, dans le désert, certains d’entre eux étaient dans l’impossibilité de s’associer à leur frères, car ils étaient en situation d’impureté. Il vinrent chez Moché et réclamèrent : « Pourquoi n’aurions-nous pas le privilège d’apporter l’offrande ? » D-ieu répondit que ceux qui ne seraient pas en situation permettant d’offrir le sacrifice à la date initiale – la veille de Pessa’h – devraient, alors, différer le Korban d’un mois. Cette séance de rattrapage est appelée Pessa’h Chéni – le deuxième Pessa’h.

Il existe de nombreuses différences entre le rite de Pessa’h et celui de Pessa’h Chéni :

a)     A Pessa’h, nous ne pouvons pas consommer ni posséder tout produit contenant du ‘Hamets, tandis qu’à Pessa’h Chéni ceci est permis.

b)     Pessa’h se prolonge pendant sept jours – huit en diaspora – alors que Pessa’h Chéni ne dure qu’une journée.

On pourrait s’interroger sur la pertinence de ces différences : Pessa’h Chéni n’est-il pas la séance de rattrapage de Pessa’h ? Pourquoi sont-ils donc radicalement différents ?

Ces deux fêtes s’inscrivent, en fait, dans deux cadres bien différents. Pessa’h suit l’ordre normal et légal des choses : il est offert en temps et en heure. Pessa’h Chéni découle d’une démarche qui se démarque de l’ordre habituel et de la légalité. Nous trouvons là un parallèle avec deux états moraux : celui du Tsaddik – l’homme qui ne s’est jamais éloigné de ce qui est juste – et celui du Baal Téchouva. Le Tsaddik sert D-ieu en suivant l’ordre idéal de la Torah. Le Baal Téchouva – qui par définition a dérogé à cette voie idéale – doit saisir l’opportunité de la séance de rattrapage.

Néanmoins, nos sages remarquent que le service du Baal Téchouva comporte des avantages que l’on ne trouve pas dans la conduite du Tsaddik. L’existence de ce dernier n’a pour champ d’action que ce qui est permis ; son expérience du mal consiste à le subjuguer ou à l’ignorer. Par conséquent, le Tsaddik n’a pas la possibilité de transformer le mal en Sainteté. Alors qu’un Baal Téchouva – dont la démarche serait animée par l’amour – a le pouvoir de transformer ses anciennes iniquités en mérites.

Ceci explique les différences entre Pessa’h et Pessa’h Chéni : Pessa’h – le stade du Tsaddik – ne peut pas cohabiter avec le mal. Le ‘Hamets – symbolisant le mal – est alors illicite. C’est pourquoi cette fête dure sept jours ; elle s’inscrit dans l’ordre naturel des choses. Le Tsaddik va gravir progressivement toutes les étapes du cycle temporel.

Pessa’h Chéni, pour sa part, représente le service du Baal Téchouva qui a le pouvoir de transformer le mal en Sainteté ; les produits ‘Hamets peuvent, dans ce contexte, cohabiter avec la Matsa, car ils peuvent être transformés en bien. En outre, la fête ne dure qu’une journée, car le service du Baal Téchouva dépasse et transcende toutes les limites et les divisions. Il transpire de l’Essence des choses – un jour – indivisible.

Pessa’h Chéni nous apprend :

a)     Qu’il n’est jamais trop tard ! Toute personne a la possibilité, même s’il lui est arrivé de quitter la voie de la Torah, de rectifier le tir et de réparer ses erreurs.

b)     Un jour suffit ! Le Zohar affirme qu’il suffit, en fait, d’un instant, d’un élan, pour faire Téchouva.

Likouté Si’hoth Vol XVIII

 

 
 
Par le Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena'hem Mendel Schneerson ; compilé et adapté par Eliahou Dahan
Le Rav Eliahou Dahan est l'émissaire du Rabbi de Loubavitch à Lille et le rabbin régional de Lille et du Nord-Pas de Calais.

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