Chronique d’une Élévation
Le nom d’une Paracha n’est certainement pas le fruit du hasard ; il renferme et reflète l’idée maîtresse contenue dans les chapitres qui la composent. Ceci est donc aussi applicable à notre Paracha, « Le’h-Lé’ha » qui signifie textuellement : « Va pour toi ». Ce titre implique un perpétuel mouvement en avant.
Le parcours d’Avraham préfigure justement cet élan, ce mouvement vers le haut, qui constitue, en réalité, la raison d’être de chaque Juif.
Ainsi, le début de la Paracha suit cette logique de l’élévation et de la progression. Avraham accomplit la parole Divine « Quitte ta terre, ton pays natal, la maison de ton père » pour se rendre sur la terre d’Israël. Là, il ne s’arrête pas ; il poursuit son chemin et dirige ses pas vers le lieu qui deviendra Yérouchalayim, précisément vers l’endroit où sera édifié le Beth-Hamikdach.
Tout ceci ne fait qu’exprimer la volonté d’Avraham de monter constamment de niveau pour atteindre les degrés spirituels les plus sublimes.
Pourtant, voici que nous apprenons, quelques versets plus tard, qu’une famine s’abattit sur la terre d’Israël et qu’Avraham fut contraint de descendre en Egypte, un pays qui était, alors, dans une situation de déchéance. Comment comprendre cette descente dans le contexte du « Le’h-Lé’ha », de la perpétuelle élévation ?
Nos sages nous enseignent que les faits et gestes des patriarches servent de signes – d’archétypes – à leur progéniture. Le Zohar affirme que la descente d’Avraham en Egypte préfigure l’exil du peuple Juif dans ce même pays. Le Zohar poursuit et précise que c’est la sortie victorieuse d’Avraham de cette épreuve qui permit à ses descendants d’être libérés des chaînes de l’esclavage.
Ainsi, Avraham quitta l’Egypte chargé d’or et d’argent ; le peuple Juif connut le même sort et quitta, lui aussi, le pays avec une richesse considérable.
Par conséquent, la descente d’Avraham en Egypte ne fut qu’apparente et temporaire puisque dans l’ensemble elle s’inscrivait dans la perspective du « Le’h-Lé’ha », d’une évolution.
Ceci peut être traduit dans le contexte de notre propre expérience en exil. L’intention profonde de l’exil de notre peuple est qu’il développe, dans des circonstances difficiles et sombres, un potentiel latent pouvant lui permettre d'accéder à un niveau supérieur à celui que l’on pouvait atteindre à l’époque du Beth-Hamikdach.
La descente est donc partie intégrante de l’ascension.
Cette idée nous permet de surmonter toutes les difficultés rencontrées dans notre service de D-ieu. En effet, nous serions tentés, en regardant autour de nous, de tomber dans le désespoir ; nous pouvons nous interroger et douter du fait que nous puissions, un jour, éclairer le monde par la lumière de la Torah. Notre Paracha nous démontre que toute descente n’est que superficielle.
La situation actuelle représente, en fait, une étape indissociable de l’élévation à venir. Le monde devient, de ce fait, chaque jour, plus raffiné et il atteindra bientôt le point culminant lorsqu’il sera devenu, véritablement, une Résidence pour D-ieu.
Likouté Si’hoth Vol V