Deux Autels
La Torah ordonne, à la fin de la Paracha de Tétsavé, de construire un petit autel et de le placer à l’intérieur du Michkan – le Tabernacle – afin d’y offrir les encens. Cet autel de l’intérieur – Mizbéa’h Hapénimi – supplantait celui qui était érigé dans la cour du Sanctuaire et qui servait pour toutes les autres offrandes telles que les sacrifices, libations etc.
Pourquoi avions-nous besoin de deux autels ? Pourquoi ne pas se suffire d’un seul autel sur lequel toutes les offrandes – sacrifices et encens – auraient été offertes ?
La ‘Hassidouth explique que les deux autels représentent, en fait, deux niveaux de la révélation Divine : L’autel intérieur fait référence à la lumière qui transcende la Création, tandis que celui de l’extérieur symbolise un niveau plus manifeste et moins éloigné, l’aspect de la Divinité qui descend habiter Sa Création. L’autel de l’extérieur était érigé sur la partie la moins élevée du Sanctuaire – la cour, alors que le petit autel de l’intérieur se trouvait dans l’enceinte même du Michkan.
Dans le contexte de l’engagement spirituel de l’homme, nous trouvons aussi deux pôles : la premier élément est appelé, dans la mystique Juive, Avodath HaBirourim, et consiste à raffiner le monde matériel, à séparer le bien du mal et à élever le monde vers le sacré ; la deuxième tendance ne consiste pas à s’attaquer au mal, mais s’efforce plutôt à atteindre un niveau toujours plus haut dans la proximité et la fusion avec le Divin.
L’autel extérieur correspond à l’aspect de la Divinité qui s’implique dans la Création, c’est pourquoi il est réservé aux offrandes et sacrifices divers. On y offrait les matières terrestres dans le but de les élever et de les raffiner : Avodath HaBirourim.
Par contre, l’autel de l’intérieur – expression de la transcendance – était réservé à la Kétoreth – l’encens – terme étymologiquement proche de « Katar » qui signifie « se relier », soit fusionner avec le Divin.
Le Temple existe, selon l’interprétation de nos sages, dans le cœur de chacun de nous, ainsi qu’il est dit : « Ils Me feront un Sanctuaire et Je résiderai en eux. » C’est bien « en eux » que D-ieu s’engage d’habiter – dans le coeur de chaque Juif – et pas seulement dans les murs du temple matériel. Il serait alors logique de trouver dans le cœur de chacun d’entre nous ces deux autels : l’externe et celui de l’intérieur. La partie révélée de notre cœur est engagée dans l’utilisation du monde matériel à des fins élevées ; alors que la partie profonde et intime de l’expression de notre cœur se réserve à la fusion avec D-ieu.
En d’autres termes : Un Juif a pour mission de dépasser le cadre de l’étude de la Torah et de la pratique des Mitsvoth, stricto sensus, et de se consacrer aux activités mondaines, comme manger, boire, travailler et autres. Néanmoins, ces matières ne sont pas utilisées à des fins d’assouvissement de désirs purement terrestres ; nous devons nous employer à donner un sens sacré à ces actes matériels et anodins.
De ce fait, l’homme qui prendrait conscience de l’importance de la mission qui lui a été donnée, pourrait tomber dans l’erreur et se dire que c’est de tout son être – l’extérieur et l’intérieur de son cœur – qu’il devrait s’y engager. Aussi, la Torah précise qu’en dépit de l’aspect incontournable, pour le Judaïsme, d’avoir une vie engagée matériellement, il est vital de savoir garder un espace caché et intime dans sa relation avec le Divin où seule une spiritualité intense aurait une place.
Néanmoins, les deux pôles sont indissociables : nous devons, pour atteindre les plus hauts niveaux du service de D-ieu, passer par la phase extérieure – les Birourim – en élevant notre pensée, notre parole et notre action sur l’autel de la cour. Ce n’est qu’après ce préalable que nous pouvons prétendre entrer dans l’intimité du Divin pour fondre sur l’autel intérieur.
Likouté Si’hoth Vol VI