Voir Dans L’obscurité
« Moché tendit sa main vers les cieux ; il y eut une profonde obscurité dans tout le pays d’Egypte durant trois jours. Personne ne voyait l’autre ; personne ne quitta sa place pendant trois jours. Pourtant, pour les Béné-Israël, il avait de la lumière dans leurs demeures. »
(Exode 10 – 22,23)
Le Midrash nous enseigne que cette plaie comportait deux miracles : a) les ténèbres qui frappèrent l’Egypte ; b) Une illumination miraculeuse qui permit à nos ancêtres de voir où les Égyptiens cachaient leurs trésors. C’est ainsi que D-ieu permit la réalisation de Sa promesse à Avraham (Genèse 15 – 14) : « Ils en sortiront avec de grandes richesses. »
Néanmoins, selon Rachi, ce phénomène ne constituait pas deux miracles, mais un seul. Les Égyptiens étaient dans le noir absolu alors qu’Israël continuait de voir normalement en dépit de cette plaie.
Pourquoi Rachi interprète-t-il cet événement différemment que le Midrash ?
Le but du passage de nos ancêtres en Egypte était d’amasser les étincelles Divines qui s’y trouvaient. Aussi, leur départ avec les richesses égyptiennes faisait partie de ce processus. En prenant l’or, l’argent et la vaisselle de leurs anciens oppresseurs, ils élevèrent les étincelles Divines qui habitaient ces objets et ils les libérèrent, pour ainsi dire, du mal de l’Egypte pour les laisser rejoindre le domaine de la Sainteté.
« Elever les étincelles » représente un élément essentiel du service de D-ieu. Aussi, chaque Juif doit en plus de ses engagements purement spirituels, tels que la prière et l’étude de la Torah, s’investir dans des activités matérielles et observer les Mitsvoth. Par la prière et l’étude, l’homme raffine son aspect spirituel. Mais lorsqu’il observe les Mitsvoth et qu’il s’engage dans des activités professionnelles et sociales dans le but de remplir la volonté de D-ieu, il attire alors la Divinité dans les dimensions physiques et il élève les étincelles Divines qui habitent le monde.
C’est bien ce qui se produisit au moment de la plaie des ténèbres : les Juifs avaient de la lumière dans leurs demeures, et cette lumière les accompagna lorsqu’il espionnèrent les maisons obscures des Égyptiens. La Torah et la prière apportent la lumière et sanctifient l’âme de chacun de nous ; nos demeures s’en trouvent alors naturellement illuminées. Par contre, seule l’intrusion dans le domaine égyptien – les activités matérielles – nous permet de purifier ce monde et d’élever les étincelles.
Le commentaire de Rachi a pour objet de faire une lecture simple des événements ; c’est pourquoi il interprète la plaie des ténèbres comme un seul geste de D-ieu : celui de permettre à Israël de voir chez l’Égyptien. Rachi ne fait pas référence à la lumière qui se trouve naturellement chez le Juif, dans son domaine, parce qu’en première lecture ces deux types de services – l’étude et les Mitsvoth – représentent des tendances opposées.
Pour le Midrash – la dimension ésotérique – il y a là un miracle en deux temps : l’obscurité égyptienne et la lumière chez Israël. Au regard de l’intention Divine de la Création, les deux tendances du service de D-ieu citées plus haut – s’investir dans l’élévation de soi et s’engager vers l’extérieur – sont indissociables.
En effet, il est expliqué dans le Tanya que la véritable mission de l’homme sur terre consiste à élever le matériel. L’âme n’est pas descendue pour sa propre élévation ; elle n’en a pas besoin puisque c’est une parcelle de D-ieu. D-ieu envoya l’âme ici-bas pour qu’elle agisse sur le corps, qu’elle le raffine et révèle en lui – et dans le monde qui l’entoure – les étincelles Divines qui l’habitent.
Likouté Si’hoth Vol XXXI