Prier avant de Partir

La Paracha de Vayétsé débute par ce verset : « Yaakov sortit de BéerCheva et il se dirigea vers ‘Haran. »

Les voyages des Patriarches ne constituent pas de simples déplacements géographiques, mais ils représentent, en fait, des étapes indissociables de leurs parcours spirituels. BéerCheva et ‘Haran symbolisent deux situations extrêmes dans le service de D-ieu. Ainsi, BéerCheva rappelle un état de paix et de tranquillité. Le nom même de ce lieu commémore l’alliance faite entre Avraham et le roi des Philistins, Aviméle’h. C’est aussi le souvenir des sept puits creusés par Yits’hak.

Yaakov quitta donc BéerCheva, ce havre de paix, laissa la maison d’étude de Chem et de Ever – où il étudia durant quatorze ans – et il se rendit à ‘Haran – le lieu le moins recommandable de la terre, le plus bas spirituellement. Le nom de ‘Haran découle de l’expression hébraïque « ‘Haron Af » qui signifie la colère de D-ieu.

Ce voyage de Yaakov est dans un certain sens un voyage d’initiation que chaque Juif se doit – à un moment où à un autre de sa vie – d’entreprendre lui aussi. A l’instar de Yaakov qui quitta BéerCheva pour trouver une femme à ‘Haran et y fonder sa famille, ainsi chaque Juif doit quitter l’univers protégé de la Yéchiva pour établir un foyer Juif ; chacun doit s’investir – comme notre Patriarche – dans une activité professionnelle au sein même des turbulences du monde matériel.

La première période – BéerCheva – est indispensable, car c’est la Torah étudiée et acquise dans cette étape de la vie qui permet d’affronter les épreuves de ‘Haran. Néanmoins, c’est bien dans ce lieu étranger à la spiritualité – dans des situations apparemment hostiles – que chaque Juif se doit de mener sa vie.

La leçon est aussi simple que claire : C’est précisément à travers les tribulations et les épreuves que nous rencontrons que nous construisons un chaleureux foyer Juif. Ce sont ces expériences difficiles qui forgent la personnalité de chacun de nous et qui garantissent les fondations d’une maison stable et forte.

Un détail intéressant mérite d’être soulevé dans ce voyage de Yaakov : il aurait été logique que Yaakov qui venait à ‘Haran d’une contrée étrangère pour trouver l’âme sœur se prépare de manière adéquate en apprenant la langue ou en s’habillant avec de beaux habits afin de faire bonne impression. Or, il n’en est rien ! La première démarche qu’il entreprit était – selon Rachi commentant le verset « Vayifga Bamakom » – de prier.

Yaakov avait compris que son succès ne dépendait pas de son action matérielle seulement. Aussi, le Juif doit savoir que la première démarche avant de se lancer à la conquête du monde matériel est de prier D-ieu. Il ne doit pas se suffire des prières et de l’étude faites pendant ses jeunes années, et penser que pour agir dans le monde matériel, il serait plus approprié d’adopter les coutumes du monde pour s’assurer la réussite.

Bien au contraire : c’est précisément parce qu’il s’apprête à quitter BéerCheva pour rejoindre les difficultés de ‘Haran que le Juif doit prier avec plus de ferveur encore que lorsqu’il était dans les murs de la Yéchiva ou dans la sécurité du foyer de ses parents ! Car les épreuves qu’il rencontrera à présent seront bien plus difficiles que celles qu’il avait pu rencontrer jusqu’à ce jour. Il doit donc, parallèlement à son engagement matériel, s’investir avec plus d’enthousiasme dans la prière et l’étude pour y puiser l’inspiration et la force.  

Likouté Si’hoth I