Nourrir D-ieu
Un des nombreux thèmes abordés dans la Paracha de Kédochim est le sujet de la Orla. Les fruits d’un arbre sont interdits les trois premières années suivant la plantation ; les fruits de la quatrième année sont saints et doivent être consommés à Yérouchalayim. Puis, la Torah nous indique que (Lévitique 19 – 25) « la cinquième année vous pourrez manger les fruits, de manière à en augmenter pour vous le produit… » L’objectif de la retenue des quatre premières années est d’augmenter la rentabilité de la cinquième.
Cependant, nous savons que les développements matériels découlent des évolutions spirituelles. Aussi, la croissance matérielle obtenue la cinquième année vient du fait que les fruits ont acquis alors un caractère spirituel qu’ils n’avaient pas atteint les premières années. Pourquoi – s’il en est ainsi – est-il permis de les consommer ?
Le Baal Chem Tov – le fondateur du ‘Hassidisme – avait usage, avant qu’il ne devienne célèbre, de voyager de village en village dans le but de rencontrer d’autres juifs, de s’enquérir de leur état, et les inciter à louer Hachem pour Ses bienfaits. Il avait beaucoup de plaisir lorsqu’il entendait de simples Juifs prononcer avec ferveur les mots : « Barou’h Hachem – Béni soit l’E-ternel ».
Une fois, le Baal Chem Tov visita une ville où vivait un éminent sage qui avait mené – pendant les cinquante dernières années – une existence de piété et d’abstinence. Cet homme étudiait la Torah, nuit et jour, dans l’isolement. Il restait vêtu de son Talith et de ses Téfilin jusqu’aux derniers instants du jour et il jeûnait jusqu’au soir. Puis, à la tombée de la nuit, le vieillard se nourrissait d’un croûton de pain et d’un peu d’eau.
Le Baal Chem Tov entra dans la chambre du sage et lui demanda si tout allait bien. Le vieil homme l’ignora. Après que le Baal Chem Tov répéta plusieurs fois sa question sans obtenir de réponse, l’érudit s’énerva et lui indiqua la porte. Le Baal Chem Tov lui dit alors : « Rabbi, pourquoi refuses-tu de donner à D-ieu sa nourriture ? Tu vas finir par l’affamer – à D-ieu ne plaise – et Il sera amené à quitter ton monde ! »
Le vieil homme fut surpris par un tel discours ; comment ce villageois, qu’il ne connaissait pas, venait lui parler des besoins de D-ieu ! Le Baal Chem Tov lui expliqua aussitôt : « les Juifs n’existent qu’en vertu de la nourriture qu’ils donnent à D-ieu ! » De quoi D-ieu se nourrit-Il ? La réponse tient dans les mots des Psaumes (22 – 4) : ‘Tu es le Saint trônant au milieu des louanges d’Israël.’ Hachem trône – Se dévoile – dans Sa splendeur – Il Se nourrit – par les louanges qu’Israël lui adresse pour les bienfaits qu’Il leur pourvoit.
Le but de la Création est, précisément, de faire de ce monde une Résidence pour D-ieu. C’est-à-dire Lui permettre d’être révélé dans Sa Création. Or, pour réaliser ceci, l’étude de la Torah ne suffit pas ; il est nécessaire – comme le Baal Chem Tov l’a montré par sa propre conduite – que nous louions Hachem et que nous lui soyons reconnaissants même pour les choses les plus simples de la vie, ainsi nous imprégnons de sainteté toutes les facettes de l’existence.
Il en est ainsi pour les fruits de la cinquième année. Le plus haut degré de sainteté n’est pas atteint par leur consommation dans la ville de Yérouchalayim ; l’aboutissement de notre service de D-ieu est de transformer le monde profane et d’y intégrer l’esprit de Yérouchalayim.
Likouté Si’hoth Vol VII