Sortir Du Camp

« Les bras de Moché s’appesantissant, ils prirent une pierre qu’ils mirent sous lui, et il s’assit dessus. »

(Exode 12 – 42)

« Du fait qu’il a été négligent dans l’accomplissement de cette mission en nommant un autre pour cela, ses bras devinrent lourds. »

Rachi

A la fin de la Paracha de Bechala’h, la Torah nous relate l’épisode de la guerre contre Amalek. Moché nomma Yéhochoua pour diriger les opérations. Le récit précise que la participation de Moché dans cette bataille consista à lever les bras vers le ciel et à prier pour la victoire des Enfants d’Israël. Nos sages affirment que tant que Moché avait les bras levés, les Béné-Israël dominaient l’ennemi.

Le texte ajoute que, durant le combat, les bras de Moché se sont appesantis, on prit alors une pierre que l’on plaça pour qu’il puisse s’asseoir. Nos sages affirment que cet incident fut la conséquence de la nomination de Yéhochoua ; ceci étant considéré comme une négligence de la part de Moché.

Il n’est pas de l’habitude de la Torah de mettre l’accent sur l’aspect négatif d’un événement. La Torah veille au respect de toutes les créatures. Comment le récit peut-il donc proposer une lecture qui ne soit pas à l’avantage de Moché ?

Cette histoire contient une profonde leçon pour chacun de nous Juif qui nous engageons quotidiennement dans la bataille face à un Amalek spirituel.

Amalek ne pouvait porter son dévolu que sur ceux, parmi nos ancêtres, qui étaient à la traîne spirituellement, ceux qui, suite à leur conduite déficiente, se trouvaient aux limites du camp d’Israël et qui, par conséquent, n’étaient plus sous la protection des nuées saintes. Par contre, ceux qui étaient restés à l’intérieur du camp – du cadre communautaire – ne craignaient rien.

De nos jours, nombreux sont les Juifs qui se trouvent spirituellement dans le « camp d’Israël », dans le cadre et sous la protection des « Nuées de Gloire » de la Torah et des Mitsvoth. Ils sont à l’abri des vents violents venant de l’extérieur, et particulièrement du blizzard venant de Amalek et figeant l’individu dans une indifférence à l’égard des valeurs du Judaïsme.

Il existe, pourtant, des Juifs qui, pour une raison ou pour une autre, se retrouvent à l’extérieur – leur mode de vie n’est pas, pour le moment, en accord avec l’esprit de la Torah. Ils sont alors vulnérables aux attaques de Amalek qui a pour valeur numérique 240 correspondant au mot Safek – le doute. En effet, l’arme de Amalek est d’installer le doute chez l’individu en remettant en cause les pouvoirs illimités de D-ieu. Celui-ci se trouve alors refroidi de toute éventuelle ferveur à l’égard du sacré.  

Il est alors fréquent que celui qui a la chance de se trouver à l’intérieur du camp s’interroge sur son rapport avec l’autre, celui qu’il définit comme le Juif de l’extérieur. Quel lien les relie ? Est-il judicieux d’aller vers lui, alors que l’autre l’ignore et s’éloigne chaque jour un peu plus de la communauté ? Cette démarche pousse certains à conclure qu’il est hors de question de quitter la chaleureuse tour d’ivoire de Torah et de Mitsvoth pour s’aventurer dans la jungle où règnent le doute et l’indifférence.

Le récit de notre Paracha constitue, alors, une réponse face à l’hésitation de ces individus : au moment où Amalek attaqua ceux qui étaient à l’extérieur du camp d’Israël – et qui, pour la plupart, avaient choisi consciemment cette situation – les autres devaient  quitter la protection des nuées saintes pour aller au secours de leurs faibles frères. De plus, ils étaient les seuls qui avaient – de par leur niveau spirituel – véritablement la capacité de les sauver. C’est pour cela que Yéhochoua -  l’homme qui n’avait jamais quitté la tente de la Torah – fut choisi pour diriger les opérations.

La Torah va encore plus loin : Moché planifia et dirigea la bataille. Lui aussi s’est battu contre Amalek sur le plan spirituel en levant les bras vers les Cieux et en priant pour la victoire de ses hommes ; pourtant, la Torah n’hésite pas à le blâmer et à considérer sa conduite comme une négligence.

Il n’est pas suffisant de mener un combat spirituel contre Amalek, à l’écart de ses frères. Envoyer un émissaire ou se limiter à prier n’est pas acceptable. Chacun de nous a le devoir de faire le maximum pour tirer son prochain des griffes de Amalek.

Likouté Si’hoth Vol X