La Véritable Humilité
« D-ieu parla à Moché – Béhar Sinaï – au Mont Sinaï… »
(Lévitique 25 – 1)
C’est par ces mots que débute notre Paracha. Il est intéressant de remarquer que nous nommons notre Paracha « Béhar » sans faire référence au mot « Sinaï ». Or, nos sages nous indiquent que la Torah fut donnée sur la Montagne du Sinaï, car « elle est la plus petite des montagnes. »
Un double enseignement en découle. Elle fut choisie pour sa petite taille, symbolisant ainsi l’importance de l’humilité ; d’autre part, il s’agit ici d’une montagne. Ceci implique qu’en dépit de l’importance de l’humilité, une personne ne doit pas permettre qu’une modestie vécue outre mesure le transforme en paillasse piétinée par tous. L’humilité doit être accompagnée d’une certaine mesure d’amour-propre et d’autoritarisme, sans quoi l’homme ne pourrait affronter les épreuves spirituelles et les différents défis que présente la vie.
C’est à ces enseignements que font allusion les mots « Béhar Sinaï ». Béhar – la hauteur et l’assurance ; Sinaï – l’humilité. Il semble primordial de mettre l’accent sur « Sinaï » car la modestie est fondamentale. Tandis que « Béhar » n’est, a priori, que secondaire, puisqu’il ne sert qu’à assurer que la modestie ne soit pas vécue de façon extrême. Pourquoi, avons-nous, alors, la coutume de nommer la Paracha « Béhar » sans rappeler l’essentiel, « Sinaï » ?
En fait, la véritable humilité résulte d’une prise de conscience de la Grandeur de D-ieu ; un homme devient modeste et insignifiant à ses yeux lorsqu’il se rend compte que D-ieu est la source et l’essence de tout être.
L’ultime humilité n’est atteinte que lorsque l’individu ne perçoit même plus qu’il est annulé ; car s’il le ressent encore, cela implique qu’il existe. L’individu atteint une réelle annulation de soi seulement quand il ne ressent plus rien, hormis la Présence de la Divinité.
A ce stade d’altruisme, l’homme ne ressent plus de contradictions entre les sentiments d’humilité et ceux d’estime personnelle, car ce n’est pas lui-même qu’il estime, mais D-ieu qui l’habite.
Nos sages affirment, d’ailleurs : « Le serviteur du Roi lui-même est un Roi. » Il est clair que cela ne permet pas au serviteur d’être vaniteux, puisque son statut privilégié nous renvoie constamment à la personnalité du Roi.
C’est pourquoi la Paracha se suffit du mot « Béhar ». L’indicateur qui témoigne que la modestie a atteint son point culminant est lorsque l’homme est capable de se sentir aussi fort et élevé qu’une montagne sans pour autant exprimer quelque arrogance, car il est conscient qu’il tient sa grandeur de D-ieu Seul.
Likouté Si’hoth Vol XXII