Compter Les Étoiles
« Élé Chémoth – Voici les noms des Béné-Israël qui sont venus en Egypte… »
(Exode 1 – 1)
« Bien qu’Il les ait comptés de leur vivant, par leurs noms, Il les a recomptés après leur mort, pour faire savoir l’amour qu’Il leur porte ; car ils sont comparés aux étoiles qu’Il fait sortir et entrer par leurs noms. »
Rachi
Rachi indique ici que les Béné-Israël sont comparés aux étoiles. Quel est donc le point commun entre les étoiles et le peuple Juif ?
Rachi indique qu’il existe deux manières d’exprimer l’amour que l’on porte pour un objet. La première consiste à prononcer son nom ; la seconde consiste à le compter à chaque occasion.
Ces deux manières traduisent deux aspects différents : le compte souligne le fait que l’objet fait partie d’un ensemble ; on ne peut compter que des éléments qui sont de même nature. Le nom, lui, représente la particularité et la spécificité de l’objet.
Nous retrouvons, chez les étoiles, ces deux aspects : d’une part, elles jouent, toutes, le rôle d’étoile ; elles font partie de ce dais étoilé qui illumine nos nuits. Chacune d’elles est comptée, car chaque étoile est importante. D’autre part, chaque étoile possède un caractère unique qui lui est particulier et c’est cela que révèle le nom.
Ainsi, à l’instar des étoiles, le Juif partage avec tous ses frères, le caractère de judéité – une parcelle de D-ieu. Mais, il possède aussi un caractère qui lui est propre.
C’est pourquoi, l’amour de D-ieu trouve ici son expression sous les deux formes : en les comptant, Il manifeste Son amour pour ce qui les unit – leur judéité ; en les appelant par leurs noms, Hachem exprime l’amour qu’Il porte pour les qualités personnelles de chaque individu.
L’amour intrinsèque que D-ieu porte au peuple Juif sert de modèle à l’amour des parents pour leurs enfants. Nous pouvons remarquer que, pour un parent, le fait de prononcer le nom de son enfant, éveille un degré d’amour qui ne saurait faire surface par d’autres moyens d’expression tels que les cadeaux, les mots doux, les câlins et les baisers.
En effet, le cadeau ou les mots doux dépendent de l’enfant : si un parent vient à offrir à son fils adolescent un cadeau généralement réservé à un jeune enfant, cela n’engendrera pas de sentiment d’amour ; il se pourrait même que ce soit le contraire qui se produise. Les mots doux doivent, aussi, être adaptés au niveau de l’enfant.
Ainsi, l’amour qui prend naissance après le don d’un cadeau ou par des mots doux est relatif et limité. Cela ne pourra jamais exprimer l’amour élémentaire qu’un père a pour l’essence de son enfant. Ce degré n’est limité ni par le niveau intellectuel, ni par l’âge ou la maturité de l’enfant.
Tout geste affectif – baiser ou câlin – reste limité, car il ne peut être donné que si l’enfant se trouve à proximité ; tandis que l’expression de l’amour de l’essence d’un père pour l’essence de son fils n’est limitée ni par l’espace, ni par le temps.
La seule évocation du nom de son enfant éveille un sentiment d’amour ; peu importe si l’enfant est jeune ou âgé, proche ou loin, fort ou faible…
Ainsi, notre Paracha rappelle que lorsque Hachem désire manifester Son profond amour pour le peuple Juif, Il les « compte par leurs noms ».