Service de Jour - Service de Nuit

« La Ola restera sur le brasier de l’autel toute la nuit, jusqu’au matin. »

(Lévitique 6 – 2)

« Ceci vient nous apprendre que la combustion des graisses et des membres est valide toute la nuit. »

Rachi

Les Cohanim – les prêtres – devaient s’efforcer de terminer la combustion des sacrifices pendant la journée ; mais si la journée ne suffisait pas, la Torah permet de brûler les graisses des sacrifices de la journée afin de ne pas transgresser une autre injonction (Exode 23 – 18) : « Ne laisse point la graisse de Mon sacrifice séjourner… jusqu'au matin. »

Nos sages nous enseignent que le sacrifice – Korban en hébreu – relève en réalité d’un processus d’approche au Divin – Kirouv en hébreu. Nous pouvons donc affirmer qu’il en est ainsi pour les détails qui touchent aux rites et lois qui l’accompagnent.

Que symbolise l’action de « brûler les graisses » dans le domaine du service de D-ieu ? Le gras représente le plaisir. La Torah recommande d’ailleurs (Lévitique 3 – 16) : « Tout le gras – le meilleur – sera consacré à l’E-ternel. » Ce verset implique que l’on réserve son plaisir et sa satisfaction pour Hachem.

Or, le service de D-ieu s’exprime sur deux terrains : celui du « jour » et celui de la « nuit ». Ces deux stades représentent deux niveaux spirituels. Le jour exprime une situation dans laquelle l’âme rayonne entièrement dans le corps. La nuit fait référence à la personne qui n’a pas cette chance de jouir d’illumination spirituelle.

La personne dont le champ d’action est le jour ressent la Divinité dans tous les domaines : pas seulement dans l’instant de l’étude et dans la pratique des Mitsvoth, mais aussi lorsqu’elle est engagée dans les activités purement matérielles. Pour cette personne, la sensation de proximité spirituelle traverse toutes les frontières et habite le mondain. Elle est alors capable de réaliser (Proverbes 3 – 6) : « Dans toutes tes voies, connais-Le. »

Pour sa part, la personne de la nuit n’a malheureusement pas cette sensibilité. Elle doit constamment mener un combat – interne et externe – lorsqu’elle s’engage dans des activités terrestres et physiques. Elle veillera à consacrer ses actions « pour le Nom du Ciel » et tentera surtout de sortir du cadre de la recherche du plaisir personnel. Pour cette personne, les dimensions matérielles peuvent seulement – au meilleur des cas – mener à la spiritualité, mais jamais se transformer – comme cela est le cas pour la personne du jour – en Sainteté.

La différence entre ces deux degrés ne s’arrête pas là. L’homme de la nuit doit aussi être sur ses gardes lorsqu’il étudie ou pratique les Mitsvoth. L’étude est une activité matérielle : l’homme doit saisir, avec ses qualités intellectuelles, la sagesse de la Torah. C’est dans la matière et avec elle qu’il pratique les Mitsvoth. L’homme peut alors venir à oublier le véritable objet de l’étude et s’y consacrer seulement par plaisir intellectuel. Cette démarche où la satisfaction de l’ego deviendrait la centralité existe aussi pour les Mitsvoth.

Ainsi, toute démarche spirituelle représente, certes, un sacrifice : une réservation de son plaisir, de son désir, pour le Divin. Néanmoins, l’homme du jour agit de manière positive puisqu’il réussit la fusion entre le mondain et le Divin ; tandis, que l’homme de la nuit se cantonne à la défense du territoire. Il lutte pour maîtriser ses instincts les plus bas et tente de tendre son champ d’action vers le Ciel.

C’est pourquoi la « combustion des graisses » – dédier son plaisir à la Sainteté – devait se faire normalement durant la journée. Pourtant, il arrivait que la « combustion des graisses » prenne place dans la nuit. Dans ce cas, les ténèbres – et les défis qu’elles représentent – se transformaient en désir enflammé pour Hachem.  

Likouté Si’hoth Vol III