Les Juifs de L’extrême
« Tu adapteras sur ses pans [de la robe] des grenades…des clochettes d’or au milieu d’elles, tout autour. Elle sera sur Aaron pour le service ; le son [des clochettes] s’entendra quand il entrera dans le Sanctuaire… »
(Exode 28 – 33,35)
Ce texte décrit les vêtements du Cohen Gadol – Grand Prêtre – précisant que des clochettes devaient être placées aux extrémités de sa robe. Quel but avaient ces clochettes ? Pourquoi le Grand Prêtre ne pouvait-il pas entrer dans le sanctuaire sans les porter ? N’aurait-il pas été plus convenable que l’entrée dans le Sanctuaire se fasse dans le silence et dans la discrétion, puisqu’il est dit (Rois I 19 – 11,12) « D-ieu ne s’est pas dévoilé dans le bruit ! [Puis Il vint] dans un doux et subtil murmure » ?
La réponse tient dans le fait que le Cohen Gadol représentait tout le peuple Juif avec ses diverses composantes. Nous pouvons dire que tout Israël l’accompagnait au moment où il servait dans le Mikdach.
Or, nos sages nous indiquent que le service de D-ieu du Baal Téchouva – celui qui s’enfuit du mal et qui entreprend un retour vers Hachem – est caractérisé par le tumulte, l’élan et le dynamisme. Nous pouvons comparer l’entrain de sa démarche à celui de l’homme qui s’échappe de quelque chose ou de quelqu’un qui lui veut du mal.
En extension, cet aspect du service de D-ieu existe aussi chez chaque Juif, même chez celui qui n’aurait commis aucun péché. Lorsque l’homme réalise combien il est, en fait, éloigné de D-ieu – soit parce qu’il n’a pas encore éradiqué le mal qui est en lui, soit parce qu’il n’a pas encore atteint un véritable degré d’abnégation – il s’éveille en lui un désir brûlant de quitter son statut présent.
Ce type de service de D-ieu est en aucune sorte contradictoire avec le principe énoncé plus haut selon lequel Hachem se révèle dans « un doux et subtil murmure ». En fait, c’est au moment où l’homme finit par atteindre le Divin, l’instant où il entrevoit le degré de D-ieu qui transcende les mondes – le Nom de Havaya, le Tétragramme – que le lien dans la discrétion se crée. Tant que l’homme est encore soumis à un combat, interne et externe, tant qu’il tente d’échapper au mal et de se libérer de son ego pour évoluer spirituellement, son entreprise sera animée et bruyante.
C’est pourquoi le Cohen Gadol était vêtu d’un costume orné de clochettes pour entrer dans le Sanctuaire : ainsi, il entrait avec ceux qui, symboliquement, étaient aux extrémités de la robe – de la communauté. Ces hommes, de par leur situation spirituelle, font – comme les clochettes – un certain bruit dans leur service Divin.
L’enseignement est clair : Nous devons, aujourd’hui aussi, nous tourner vers nos frères, tous nos frères sans distinction, et clamer haut et fort que le moment est venu de mettre les Téfilin, de placer une Mezouza aux portes, d’allumer les bougies de Chabbath etc.
Nous vivons maintenant les moments les plus sombres de l’exil, l’instant qui précède la venue du Machia’h ; nous sommes aux extrêmes de la robe du temps. C’est là que doivent être placées les clochettes. En d’autres termes : de nos jours, la meilleure façon de ramener les Juifs au Judaïsme et à D-ieu est de s’assurer que « le son sera entendu » !
Likouté Si’hoth Vol XVI