Aux premières heures du jeudi 1er juillet 1976, un taxi transportant deux émissaires du Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie, parcourait les étroites rues pavées de pierre de Méa Shéarim, à Jérusalem. Ce matin-là, tous les adultes du quartier jeûnaient.
Quatre jours plus tôt, le dimanche 27 juin, des terroristes palestiniens et allemands avaient détourné le vol 139 d’Air France reliant Tel-Aviv à Paris. Ils retenaient à présent 95 passagers juifs sous la menace de leurs armes dans l’ancien terminal de l’aéroport d’Entebbe, en Ouganda. Les terroristes menaçaient de tuer tous les Juifs si les pays concernés ne libéraient pas 53 prisonniers arabes et allemands qu’ils détenaient. L’ultimatum expirait à 14 heures.
Tandis que le gouvernement israélien examinait les différentes possibilités, le Conseil de la Communauté ‘Harédi de Jérusalem (la ’Eda ‘Harédit) avait proclamé un jeûne d’une demi-journée. Il avait également appelé les enfants de Jérusalem à se rassembler dans la cour de l’école centrale de Méa Shéarim pour prier ensemble en faveur des otages.
Le taxi déposa les émissaires devant le domicile de la plus éminente autorité en Torah de ce quartier densément peuplé, Rav Yaakov Its’hak Weiss (auteur du responsa « Min’hat Its’hak », 1902-1989), qui dirigeait le Conseil ‘Harédi. Récemment arrivés en Terre sainte depuis le siège mondial de ‘Habad-Loubavitch à Brooklyn, Rav Chalom Labkowski et Rav Avraham Baroukh Pevzner, tous deux âgés d’une vingtaine d’années, venaient soumettre une proposition pour le programme du rassemblement de prières.
« Nous pensions que ce serait une bonne idée que les enfants récitent les 12 passages de la Torah choisis par le Rabbi », se souvint plus tard Rav Labkowski.1
Six semaines à peine auparavant, au cours de deux discours prononcés au début et à la mi-mai, le Rabbi avait lancé l’une de ses nombreuses initiatives devenues emblématiques : un ensemble de 12 passages de la Torah que chaque enfant juif devait apprendre, réciter et enseigner à ses camarades. Discours après discours, le Rabbi avait associé ces passages à un verset des Psaumes : « Par la bouche des enfants et des nourrissons, Tu as fondé Ta puissance… afin de mettre un terme à l’ennemi et au vengeur. »2 La force et la sécurité spirituelles du peuple juif, affirmait-il, étaient indissociablement liées à sa capacité d’implanter la Torah dans le cœur de ses enfants.
Le Rav Weiss ne s’attendait pas à la visite des émissaires, mais il les connaissait bien et les accueillit chaleureusement.
« Nous prévoyons de réciter des Tehilim », leur indiqua le Rav Weiss au sujet du programme du rassemblement. Rav Labkowski remit au vénérable érudit une feuille fraîchement imprimée sur laquelle figuraient les 12 passages de la Torah. « Puisque le but de ce rassemblement est de protéger les otages, suggéra-t-il, il semblerait approprié de réciter ces passages, qui sont particulièrement efficaces pour “mettre un terme à l’ennemi et au vengeur”. »3
Le Rav Weiss examina la feuille. On y trouvait les idées les plus fondamentales du judaïsme, comme Torah tsiva, le premier verset enseigné aux enfants, et la prière du Chéma, aux côtés d’autres passages tout aussi fondamentaux provenant de la Torah, du Talmud et de l’ouvrage central de la ‘Hassidout ‘Habad, le Tanya.
Enfin, il leva les yeux. « Quel lien unit ces passages ? demanda-t-il. Ont-ils été choisis parce qu’ils possèdent une efficacité particulière en matière de protection spirituelle, afin de “mettre un terme à l’ennemi et au vengeur” ? Ou l’ont-ils été en raison de leur contenu éducatif, afin de donner aux enfants les fondements de la foi juive, auquel cas n’importe quel autre passage de la Torah produirait le même effet ? »4
« Nous n’avions pas entendu de réponse explicite », dirent les émissaires, mais ils avancèrent que « le fait même que le Rabbi les ait choisis leur confère une vertu particulière pour protéger le peuple juif ».
Rav Weiss manifesta son approbation et fit appeler les organisateurs du rassemblement. Peu après, à l’issue de la récitation des Psaumes et des Seli’hot, les rues de Jérusalem résonnèrent des voix de 10 000 enfants juifs et de leurs parents proclamant les 12 passages de la Torah, qui allaient bientôt devenir un élément incontournable des rassemblements d’enfants juifs dans le monde entier.
L’échéance de 14 heures fixée par les terroristes passa sans incident. Le gouvernement israélien avait gagné du temps en ouvrant des négociations avec eux. Deux jours plus tard, pendant Chabbat, une unité de commandos israéliens chargea deux véhicules blindés et une réplique de la limousine Mercedes-Benz noire du dictateur ougandais Idi Amin à bord de quatre avions de transport. Les quatre appareils rasèrent ensuite le sol sur plus de 4 000 kilomètres jusqu’en Ouganda, volant parfois à une trentaine de mètres seulement du sol et échappant miraculeusement à toute détection.
Après avoir atterri dans l’obscurité, les commandos prirent d’assaut le terminal de l’aéroport, repoussèrent les terroristes et l’armée ougandaise, libérèrent les otages, puis s’envolèrent pour le Kenya, où ils se ravitaillèrent en carburant avant de rentrer. Trois otages et le commandant de l’unité de sauvetage, Yoni Netanyahou, perdirent la vie. Quatre-vingt-douze otages rentrèrent sains et saufs. Le monde fut stupéfait.
Le dimanche matin, tandis qu’Israël s’éveillait à la nouvelle du miracle, Labkowski et Pevzner rendirent de nouveau visite au Rav Weiss. « Il était d’excellente humeur », se souvinrent plus tard les émissaires.5 Le vénérable rabbin se réjouissait du miracle d’Entebbe et exprimait sa satisfaction personnelle de voir s’épanouir l’initiative des 12 passages de la Torah lancée par le Rabbi. Mais il éprouvait désormais une vive curiosité quant au but de cette nouvelle initiative.
Sa question demeurait entière : le Rabbi entendait-il faire de ces versets une protection spirituelle pour le peuple juif en période de crise, ou s’agissait-il avant tout d’un cadre destiné à l’éducation de la prochaine génération d’enfants juifs ? Les deux émissaires transmirent aussitôt par télégramme la question du Rav Weiss au siège de ‘Habad, au 770 Eastern Parkway, à Brooklyn, dans l’État de New York.
« Par la voix des enfants et des nourrissons » – De 1927 à 1973
Le 5 septembre 1972, Akiva Lakser, un avocat israélien travaillant à Londres, se trouvait à une vingtaine de mètres des athlètes israéliens participant aux Jeux olympiques de Munich lorsque huit terroristes firent irruption dans leur appartement, en tuèrent deux et prirent les autres en otage. Impuissant, il regarda les athlètes être emmenés. Il apprit plus tard qu’ils avaient tous été assassinés. La tragédie le bouleversa. Il se promit de voir les athlètes israéliens concourir aux Jeux olympiques suivants. C’est ainsi qu’il se retrouva à bord du vol pour Paris, en route vers les Jeux olympiques de Montréal de 1976, et qu’il fit partie des passagers pris en otage et détenus à Entebbe, en Ouganda.6
Alors qu’il languissait dans l’ancien terminal de l’aéroport, ses pensées revinrent à un message qu’il avait entendu peu après le massacre de Munich, durant l’été 1973, au cours d’une audience privée avec le Rabbi.
« Le Rabbi m’encouragea, se souvint Akiva Lakser. “La force du peuple juif vient du fait que nous suivons les voies de D.ieu et que, par une éducation appropriée, nous transmettons cela à nos enfants, me dit le Rabbi. Alors, nous surmonterons toutes ces épreuves.” »7
C’était un message que le Rabbi allait bientôt diffuser très largement. Tout au long de l’été, alors que le souvenir de Munich assombrissait l’humeur du peuple juif et que les voisins arabes d’Israël rassemblaient leurs armées de façon inquiétante, le Rabbi porta une attention de plus en plus pressante à la situation de l’éducation juive.
À cette époque, de nombreux Juifs américains qui avaient autrefois peuplé les quartiers juifs très soudés de New York s’étaient dispersés dans des banlieues plus verdoyantes. Alors qu’ils auraient auparavant rencontré la vie juive dans la rue ou dans la synagogue de leur quartier, les enfants juifs grandissaient désormais à vingt minutes en voiture du Tamud Torah ou de la synagogue la plus proche. Ils étaient souvent les seuls enfants juifs de leur rue.8
Dans une lettre publique, le Rabbi exhorta les éducateurs à « faire tout ce qui est en leur pouvoir pour assurer à chaque enfant juif une éducation appropriée, en commençant par les plus jeunes ».9 Il invoqua l’affirmation du Talmud selon laquelle le monde se maintient par l’étude de la Torah des écoliers ;10 et il s’attarda sur un message que son beau-père, le sixième Rabbi, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, de mémoire bénie, avait délivré quarante-six ans auparavant, par une froide nuit d’hiver à Moscou.
Dans la soirée du 15 février 1927, le sixième Rabbi rencontrait un responsable juif soviétique dans un hôtel de Moscou lorsque quatre agents de la police secrète communiste firent irruption en brandissant leurs pistolets. Tandis qu’ils fouillaient ses bagages, ils affirmèrent qu’il était en état d’arrestation. Seul le rang élevé du responsable soviétique avec lequel le sixième Rabbi s’entretenait les contraignit à battre en retraite.
Après des années de remodelage brutal de la société, les révolutionnaires soviétiques considéraient le réseau clandestin de rabbins et d’éducateurs du sixième Rabbi comme une grave menace pour le Parti communiste et pour le destin même de la Révolution.
Le lendemain soir, le 16 février, Albert Fuchs, président de la communauté juive de Moscou,11 aperçut des bougies allumées dans la synagogue Loubavitch attenante à la Grande Synagogue chorale de Moscou. À l’intérieur, une foule compacte emplissait la salle jusqu’aux murs. Sur la bimah se tenait le sixième Rabbi, Rabbi Yossef Its’hak, qui parlait d’une voix forte et passionnée. Le cœur de Fuchs se serra. Plus tôt dans la semaine, il avait averti le Rabbi qu’il devait quitter la capitale. Il apercevait à présent, parmi la foule, des informateurs de la police qui écoutaient attentivement.12
C’était Pourim Katane, et le sixième Rabbi s’exprimait au nom d’une tradition qui considère depuis longtemps l’étude de la Torah par les jeunes enfants, dans toute sa pureté, comme l’un des plus grands mérites du peuple juif aux yeux de D.ieu. Le Midrash, releva-t-il, présente l’étude de la Torah par les petits enfants comme le facteur décisif du récit du Livre d’Esther : tandis que la reine Esther se préparait à risquer sa vie dans une tentative aux chances infimes d’annuler le décret d’extermination antijuif du ministre impérial Hamane, le dirigeant juif Mordekhaï « rassembla 22 00013 petits enfants, qui crièrent vers D.ieu et se plongèrent dans la Torah ».14
Pour vaincre un régime totalitaire résolu à étouffer le judaïsme, déclara le sixième Rabbi, nous devons œuvrer afin que les enfants juifs reçoivent à tout prix une éducation juive. « On pourrait penser que, pour combattre un adversaire, il faut des hommes robustes, une grande puissance et des spécialistes des tactiques militaires, déclara-t-il ce soir-là. Mais il est écrit : “Ni par la force ni par la puissance, mais par Mon esprit, dit l’Éternel des armées.” »15 C’est en œuvrant à révéler la présence de D.ieu dans le monde, et plus précisément en veillant à ce que les enfants juifs grandissent conscients de cette présence, que le peuple juif peut échapper à l’emprise de ses ennemis. C’est là, expliqua-t-il, le mécanisme spirituel qui sous-tend l’assurance du Psalmiste selon laquelle « la voix des enfants et des nourrissons » possède le pouvoir de « mettre un terme à l’ennemi et au vengeur ».16
Quarante-six ans plus tard, c’est à ce message que revint son gendre, le Rabbi.
Ce sont les enfants juifs qui détiennent le pouvoir d’assurer la sécurité du peuple juif, que celui-ci soit menacé par l’assimilation silencieuse ou par le terrorisme violent.
À la fin de l’été 1973, durant les derniers jours précédant les fêtes de Tichri, le Rabbi demanda de manière inattendue que les élèves soient réunis lors de rassemblements où ils donneraient des pièces à la charité, entendraient un enseignement ‘hassidique, réciteraient des versets de la Torah et étudieraient des enseignements appropriés de la Torah orale.17 « Puissent tous les mauvais décrets être anéantis lorsque nous achevons l’année avec “la voix des enfants et des nourrissons” », déclara-t-il.18
Vint ensuite une lettre ouverte adressée « aux éducateurs juifs du monde entier », leur demandant de « rassembler autant d’enfants que possible n’ayant pas encore atteint l’âge de la bar ou de la bat-mitsva ». Cette fois-ci, le Rabbi proposa un ensemble précis de versets que les enfants réciteraient ensemble :
« La Torah que Moïse nous a prescrite est l’héritage de l’assemblée de Jacob » (Deutéronome 33,4).
« Écoute, Israël, l’Éternel est notre D.ieu, l’Éternel est Un » (Deutéronome 6,4).
« Béni soit le nom de la gloire de Son règne à tout jamais » (liturgie).
Ces versets devaient être suivis d’une courte prière,19 puis, fait extraordinaire, d’un message en yiddish transmis au nom du fondateur du mouvement ‘hassidique, le Baal Chem Tov :
« Le Baal Chem Tov a dit : chaque Juif vient dans ce monde matériel investi d’une certaine mission de Torah, laquelle est lumière, et il porte cette mission partout où il va et vient, que ce soit dans sa ville natale ou ailleurs, et quelle que soit la circonstance qui l’y conduit. »20
Le mercredi précédant Yom Kippour, des milliers d’enfants se pressèrent dans la synagogue centrale récemment agrandie du siège de ‘Habad, au 770 Eastern Parkway. « Le ‘hassid âgé, Rav Berké ‘Heïn, guida les enfants avec beaucoup d’émotion, écrivit dans son journal un jeune homme nommé Aharon Dov Halpern, et des milliers d’enfants, ainsi que le Rabbi, répétèrent les mots après lui. Nous sentions qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire, qu’un effort était entrepris pour écarter un mauvais décret, mais nous ne comprenions rien. »21
Trois jours plus tard, à Yom Kippour, des centaines de milliers de soldats égyptiens et syriens ainsi que des milliers de chars franchirent les frontières d’Israël. La guerre de Yom Kippour avait commencé. Comme le Rabbi le raconta lors d’un rassemblement organisé dans les premiers jours de la guerre, il comprenait désormais que la Providence divine avait orchestré son appel de dernière minute en faveur de l’éducation juive : « Il arrive que l’on fasse certaines choses sans comprendre, au moment où on les fait, pourquoi on les accomplit. Mais plus tard, on comprend pourquoi cela devait précisément se produire à ce moment-là », déclara-t-il.22
Pour ceux qui avaient été témoins de l’activité du Rabbi avant la Guerre de Kippour, le lancement des 12 passages de la Torah en 1976, juste avant23 la crise d’Entebbe, s’inscrivait dans un schéma familier : lorsque la sécurité du peuple juif était menacée, le Rabbi menait avec vigueur une campagne en faveur de l’éducation juive.24
Pourtant, comme les actions du Rabbi dans les jours et les années qui suivirent le sauvetage d’Entebbe allaient le montrer, l’œuvre des 12 passages de la Torah ne faisait que commencer. Il s’agissait de bien davantage qu’une intervention spirituelle en temps de crise. C’était l’affirmation audacieuse qu’un jeune enfant était capable de beaucoup plus qu’on ne l’avait jamais supposé.
Que les enfants enseignent !
C’était le premier Chabbat après Pessa’h, peu après le soixante-quatorzième anniversaire du Rabbi et quelques mois avant que les États-Unis d’Amérique célèbrent, le 4 juillet 1976, leur bicentenaire. Marquée par un programme d’une année entière de reconstitutions, de proclamations et de spectacles, l’année du Bicentenaire apporta des feux d’artifice dans le ciel des grandes villes américaines et des discours du président Gerald Ford aux heures de grande écoute.
Au début du premier de trois rassemblements successifs au 770, le Rabbi surprit son auditoire en proclamant un programme annuel de son cru.
« Conformément à l’usage du pays,25 nous proclamons que cette année est une Année de l’Éducation, annonça-t-il. Ce qui est passé est passé, mais dorénavant, nous devons veiller à ce que chaque enfant juif reçoive une éducation juive digne de ce nom. »26
Il avait fixé un objectif extrêmement ambitieux et appela l’ensemble de son auditoire — hommes d’affaires, professionnels, femmes au foyer, parents, rabbins et étudiants — à contribuer à sa réalisation. « La notion d’éducation concerne tout particulièrement ceux qui ont déjà œuvré dans ce domaine, déclara le Rabbi, mais elle concerne également chacun sans exception. »27 Puis, lors d’un second rassemblement organisé le lendemain, les enfants eux-mêmes furent invités à rejoindre les rangs des éducateurs :
« Nous pouvons nous efforcer d’associer les garçons et les filles juifs à la campagne en faveur de l’éducation. Cela signifie que dès qu’ils sont capables de comprendre un élément de judaïsme, ils peuvent déjà se consacrer à l’éducation. Il est en effet naturel pour un enfant de se lier d’amitié avec des enfants de son âge, et l’on peut expliquer à un jeune enfant qu’il doit influencer son camarade — que ce soit à l’école, à la maison ou même dans la rue — dans les domaines de la Torah, des mitsvot et de la Yiddishkeit. »28
Mais que peut précisément enseigner un jeune enfant à ses camarades ? En réponse à cette question, le Rabbi présenta six passages de la Torah, chacun porteur d’un message fondamental qui, lorsqu’il est expliqué simplement, « peut être compris même par un jeune enfant ».29
La structure était simple : deux versets de la Torah écrite, deux enseignements de la Torah orale et deux passages du Tanya. Après avoir mémorisé ces textes, suggéra le Rabbi, « un enfant pourrait les réciter ou y penser chaque fois qu’il dispose d’un moment libre, et également les expliquer à son camarade ».30
Les six premiers
תּוֹרָה צִוָּה לָנוּ מֹשֶׁה מוֹרָשָׁה קְהִלַּת יַעֲקֹב.
Torah tsiva lanou Moché moracha Kehilat Yaakov.
- La Torah que Moïse nous a prescrite est l’héritage de l’assemblée de Jacob (Deutéronome 33,4).
« En premier lieu, expliqua le Rabbi, on commence par ce verset de Torah tsiva, conformément à la directive de la Torah selon laquelle “dès qu’un enfant sait parler, son père lui enseigne la Torah”.31 On étudie donc avec son enfant ce verset, qui affirme qu’il a hérité de toute la Torah et qu’il devient ainsi pleinement maître de tout ce qui relève de la Torah que Moïse nous a prescrite et de ses mitsvot. »32
Rav Naftali Hertz Pewzner, érudit ‘Habad et auteur d’un ouvrage à paraître sur les 12 passages de la Torah, estime que ce verset vise à souligner que la Torah n’est pas quelque chose qui appartiendrait aux parents, lesquels la transmettraient ensuite à leur enfant, mais quelque chose que l’enfant possède déjà.
« Le Rabbi voulait que les enfants sentent que la Torah leur appartient, et tout particulièrement ces passages choisis, explique Rav Pewzner. Il est souvent difficile de transmettre des idéaux sans donner l’impression de faire la morale, mais lorsqu’ils sont présentés comme le sens de versets que les enfants connaissent déjà, ils sont accueillis plus favorablement. L’adhésion est immédiate. »33 La Torah n’est pas un ensemble extérieur de règles imposées aux enfants ; c’est un trésor qui leur a toujours appartenu.
שְׁמַע יִשְׂרָאֵל ה' אֱלקינוּ ה' אֶחָד.
Chéma Israël, Hachem Elokénou, Hachem e’had.
- Écoute, Israël, l’Éternel est notre D.ieu, l’Éternel est Un (Deutéronome 6,4).
« De même, poursuivit le Rabbi, le Talmud nous ordonne d’habituer son enfant à réciter le Chéma Israël.34 On peut aisément l’expliquer à un enfant : au sujet du monde qu’il voit, avec ses quatre directions, ses cieux et sa terre, nous affirmons : “D.ieu est Un”, ce qui signifie qu’Il est l’unique existence. En même temps, on explique à l’enfant que “D.ieu est ton D.ieu” : ce D.ieu est lié à lui, Il est son D.ieu personnel. »35
« Dans la plupart des contextes, l’accent est placé dans ce verset sur l’affirmation de l’unité de D.ieu, explique Rav Pewzner. Mais chaque fois que le Rabbi s’adressait aux enfants, il insistait également sur les mots Hachem Elokénou, “l’Éternel est notre D.ieu” : D.ieu est personnellement le leur. L’enfant peut ainsi ressentir ce lien personnel et savoir que D.ieu lui accorde une attention et une sollicitude sans partage. Il doit savoir que D.ieu se trouve toujours auprès de lui et l’écoute comme s’il était le seul être au monde. »
בְּכָל דּוֹר וָדוֹר חַיָּב אָדָם לִרְאוֹת אֶת עַצְמוֹ כְאִלּוּ הוּא יָצָא מִמִּצְרַיִם.
Bekhol dor vador, ‘hayav adam liroth et atsmo ké’lou hou yatsa miMitsrayim.
- À chaque génération, chacun doit se considérer comme s’il était lui-même sorti d’Égypte. (Michna, Pessa’him 10:5)
Le troisième passage présentait la sortie d’Égypte comme un événement personnel qui se renouvelle constamment. « Un enfant doit se considérer comme s’il avait lui-même été libéré d’Égypte, déclara le Rabbi, avant d’expliquer : on dit à l’enfant que, jusqu’à présent, il se trouvait en Égypte, ce qui signifie dans un état de limitation et d’enfermement, et qu’aujourd’hui, en ce jour même, il a été conduit vers la liberté. »36
Autrement dit, D.ieu nous libère constamment de l’emprise de notre passé. Le savoir permet aux enfants de grandir : « Toutes les questions que se pose l’enfant — “Comment pourrai-je adopter une pratique difficile à laquelle je ne suis pas habitué ?” — disparaissent alors. Jusqu’à présent, il se trouvait dans une forme d’Égypte, mais il l’a désormais laissée derrière lui et il est devenu une personne nouvelle. »37
Rav Pewzner relève que, dans les discours que le Rabbi adressa ensuite aux enfants, ce passage fut présenté comme façonnant leur identité : « Tu penses peut-être que tu n’es pas un très bon enfant, et tu sais que les adultes non plus ne sont pas parfaits, mais tu n’as pas à te résigner à cette vision de toi-même. Sache qu’en cet instant même, D.ieu désire t’accorder la liberté, la liberté d’être véritablement toi-même, toi qui es profondément et entièrement bon. Tu peux quitter cet esclavage intérieur en un clin d’œil. »
כָּל יִשְׂרָאֵל יֵשׁ לָהֶם חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא, שֶׁנֶּאֱמַר ״וְעַמֵּךְ כֻּלָּם צַדִּיקִים לְעוֹלָם יִירְשׁוּ אָרֶץ נֵצֶר מַטָּעַי מַעֲשֵׂה יָדַי לְהִתְפָּאֵר.״
Kol Israël yech lahem ‘hélek laolam haba, chénéémar : « Veamekh koulam tsadikim, leolam yirchou arets, nétser mata’aï, maassé yadaï lehitpaèr. »
- Tous les Juifs ont une part au monde futur, ainsi qu’il est dit : « Ton peuple est entièrement composé de justes ; ils hériteront de la terre pour toujours, eux, le rameau que J’ai planté, l’œuvre de Mes mains dont Je tire gloire. » (Michna, Sanhédrine 10:1)
« On peut expliquer à chaque enfant, même très jeune, qu’il est “l’œuvre des mains de D.ieu et que D.ieu tire fierté de lui”, expliqua le Rabbi. Aussi grands que puissent être tes parents, D.ieu dans les cieux est plus grand encore, et tu es l’œuvre bien-aimée de Ses mains, au point que tu deviens éternel et que tu possèdes une part dans le monde futur, qui est éternel. »38 Il ajouta par la suite : « Cela n’est dû à aucune action accomplie par l’enfant : dès sa naissance, D.ieu Se glorifie de lui et en tire fierté. »39
Qu’il le perçoive ou non en lui-même, ce passage dit en substance à chaque enfant qu’il est fondamentalement droit et qu’il ne doit jamais penser qu’il n’a pas d’importance.40
כִּי קָרוֹב אֵלֶיךָ הַדָבָר מְאֹד בְּפִיךָ וּבִּלְבָבְךָ לַעֲשׂוֹתוֹ.
Ki karov élékha hadavar meod befikha ouvilevavekha laassoto.
- Car la chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. (Deutéronome 30,14)
Le Rabbi présenta ensuite le verset par lequel Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi introduit le Tanya.
« De même, dit-il, la page de titre du Tanya énonce que la Torah est très proche de toi, afin que tu l’observes par ta parole, ton sentiment et ton action, au sens le plus simple. Cela signifie que la Torah est éternelle : elle s’applique en tout temps et en tout lieu.
« On peut l’expliquer à un enfant : un enfant peut naturellement désirer un objet matériel, par exemple un jouet, mais il doit savoir que la Torah est très proche de lui. Il est capable de la mettre en pratique par l’action, la parole et le sentiment. Il lui suffit de réfléchir à son importance. »41
וְהִנֵּה ה׳ נִצָּב עָלָיו, וּ״מְלֹא כָל הָאָרֶץ כְּבוֹדוֹ״, וּמַבִּיט עָלָיו, וּבוֹחֵן כְּלָיוֹת וָלֵב אִם עוֹבְדוֹ כָּרָאוּי.
Vehiné Hachem nitsav alav, oumelo khol haarets kevodo, oumabit alav ouvo’hèn kelayot valèv, im ovdo karaouï.
- Voici que D.ieu Se tient au-dessus de toi, que toute la terre est emplie de Sa gloire et que, néanmoins, Il te regarde et sonde ton cœur et ton esprit pour voir si tu Le sers comme il convient. (Tanya, Chap. 41.)42
Vint enfin un passage du Tanya lui-même, dans lequel le Rabbi voyait un antidote à l’anxiété sociale et à la pression exercée par l’entourage.
« Le premier paragraphe du Code de la loi juive nous dit : “N’aie pas honte devant ceux qui se moquent”, déclara le Rabbi. Comment peut-on enseigner cela à un enfant ? On lui dit : il est vrai que certains garçons et certaines filles ne connaissent pas encore le judaïsme, mais si tu éprouves de la gêne devant les autres enfants, tu dois certainement être conscient de la présence de D.ieu, qui “Se tient au-dessus de toi”. Tu ne dois donc certainement pas avoir honte. »43
Le Rabbi considérait comme profondément rassurante la conscience que D.ieu est ici avec vous et qu’Il vous regarde. « Dans sa correspondance personnelle, explique Rav Pewzner, le Rabbi conseillait souvent aux personnes aux prises avec diverses difficultés — dépression, colère, inquiétude, voire bégaiement — d’étudier ce chapitre du Tanya. Le message n’était pas qu’il fallait craindre D.ieu ; il était que D.ieu est avec vous, qu’Il croit en vous et vous donne de la force. »44
En plaçant tous ces passages au cœur de leur réflexion, conclut le Rabbi, les enfants pouvaient devenir des éducateurs à part entière. « Lorsque les enfants s’éduquent eux-mêmes et qu’ils éduquent quelqu’un d’autre, ils deviennent des acteurs de la campagne en faveur de l’éducation », déclara-t-il.45
Puis il ajouta : « C’est ainsi que s’accomplit ce qui est dit : “Par la voix des enfants et des nourrissons, Tu as fondé la puissance.” Et comme le dit le Midrash : “Il n’est de puissance que la Torah.”46 Car lorsque le peuple juif demeure attaché à la Torah, “D.ieu donne la puissance à Son peuple”47 en toutes choses. »48
Et six autres pour la vie quotidienne
Les prévisions météorologiques annonçaient de fortes pluies pour le mardi 18 mai 1976. Mais à 9h30, alors que trois pâtés de maisons d’Eastern Parkway, à Brooklyn, étaient déjà fermés à la circulation, l’averse du matin s’était transformée en une légère bruine.
À 11h30, 5 000 enfants juifs, dont certains étaient venus en voiture depuis Philadelphie, emplissaient la rue. Six panneaux géants, portant chacun l’un des passages de la Torah présentés par le Rabbi, étaient bien en vue sur la façade d’un bâtiment. Une fanfare se tenait prête. Non loin de là, une douzaine de semi-remorques à plateau, sur lesquels une douzaine d’écoles avaient donné libre cours à leur créativité, attendaient dans le grondement de leurs moteurs. L’un transportait des chandeliers de Chabbat de taille monumentale. Sur un autre se dressait un appartement reconstitué, avec notamment une chambre d’enfant où figurait un tableau des lettres de l’alphabet hébraïque. Sur un troisième, un groupe d’écolières dessinait les six passages de la Torah sur de grands livres en carton.
Les nuages se dissipèrent, le soleil apparut et le défilé de Lag BaOmer commença.49
Ces défilés se tenaient traditionnellement le dimanche, afin que puissent y participer aussi bien les élèves juifs des écoles publiques que ceux des écoles juives. Celui-ci avait toutefois lieu un mardi et avait donc été organisé à la hâte dans les jours qui suivirent immédiatement la proclamation par le Rabbi de « l’Année de l’Éducation ».
Observant la scène depuis l’estrade surélevée, le Rabbi ouvrit le programme par un bref discours adressé aux enfants rassemblés.
« Une véritable éducation, déclara le Rabbi au cours de son intervention, ne consiste pas simplement à acquérir davantage de connaissances. Elle signifie que ces connaissances doivent se traduire par une nouvelle conduite. »50 Il présenta donc six autres passages de la Torah que les enfants devaient mémoriser et faire connaître, passages « directement liés à la conduite au quotidien ».
בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֶלֹקִים אֵת הַשָׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ.
Béréchit bara Elokim eth hachamayim véeth haarets.
- Au commencement, D.ieu créa les cieux et la terre. (Genèse 1,1).
« C’est le premier verset de la Torah, déclara le Rabbi. Il nous dit que D.ieu a créé le monde, les cieux et la terre, ainsi que tout ce qu’ils contiennent. Cela est directement lié à la vie quotidienne : un petit garçon, une petite fille ou même un adulte peut être effrayé de se trouver entouré d’un monde immense, apparemment désert, dans lequel les choses ne sont pas comme elles devraient l’être. Ce verset nous rappelle que le monde possède un Maître qui l’a créé, le Tout-Puissant. Et le Tout-Puissant nous a donné la Torah, grâce à laquelle nous pouvons transformer le monde et amener D.ieu à nous accorder bénédictions et réussite. »51
וְשִׁנַנְתָּם לְבָנֶיךָ וְדִבַּרְתָּ בָּם בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתֶךָ וּבְלֶכְתְּךָ בַדֶרֶךְ וּבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ.
Véchinanetam levanékha vedibarta bam, béchivtekha beveitekha ouvelekhtekha vadérekh ouvchokhbekha ouvekoumekha.
- Tu enseigneras la Torah à tes enfants et tu en parleras lorsque tu seras chez toi et lorsque tu voyageras, avant de te coucher et lorsque tu te lèveras. (Deutéronome 6,7)
« C’est pourquoi, poursuivit le Rabbi, les enfants doivent réciter à leurs parents le verset suivant : “Tu enseigneras la Torah à tes enfants”, leur demandant ainsi de faire ce qu’il y a de plus grand et de meilleur : leur enseigner la Torah. » Le verset décrivait également l’effet produit par la mémorisation de passages de la Torah en général : « Lorsqu’on l’apprend et qu’on le répète par cœur, il se grave dans le cœur et dans l’esprit, de sorte que, lorsque l’on est chez soi, en voyage ou sur le point de s’endormir, on est accompagné d’une parole de Torah. »52
יָגַעְתִּי וְלֹא מָצָאתִי אַל תַּאַמִין, לֹא יָגַעְתִּי וּמָצָאתִי אַל תַּאַמִין, יָגַעְתִּי וּמָצָאתִי תַּאַמִין.
Yagati velo matsati — al taamine. Lo yagati oumatsati — al taamine. Yagati oumatsati — taamine.
- Si quelqu’un dit : « J’ai fait des efforts et je n’ai pas réussi », ne le crois pas. S’il dit : « Je n’ai pas fait d’efforts et j’ai réussi », ne le crois pas. S’il dit : « J’ai fait des efforts et j’ai réussi », crois-le ! (Talmud, Meguila 6b)
Mais l’étude n’est pas toujours facile. On peut avoir le sentiment d’avoir échoué. « Lorsqu’un enfant se souvient d’un échec passé ou d’une action qui n’était pas conforme à ce qu’elle aurait dû être, il ne doit pas se laisser effrayer, déclara le Rabbi. Il doit au contraire répéter l’enseignement des Sages : “Si quelqu’un dit : ‘Je n’ai pas fait d’efforts et j’ai réussi’, ne le crois pas.” On comprend de là que, pour peu qu’il fasse de nouveaux efforts, il réussira certainement. »53
Il ajouta plus tard : « Un enfant s’écrie : “J’ai réussi à accomplir d’autres mitsvot, et je l’ai fait avec beaucoup de joie, mais ici, je reste bloqué ?” On lui explique qu’il existe un principe dans la Torah : certaines choses exigent moins d’efforts, tandis que d’autres en réclament énormément. Le fait que tu n’aies pas réussi ne signifie pas que tu en es incapable, à D.ieu ne plaise. Bien au contraire : puisque cette action constitue une mitsva de la Torah, la difficulté elle-même prouve que l’on t’a donné la force d’accomplir les efforts nécessaires, et il est certain que “tu réussiras”. »54
« וְאָהַבְתָּ לְרֵעַךָ כָּמוֹךָ » – רַבִּי עַקִיבָא אוֹמֵר זֶה כְּלָל גָדוֹל בַּתּוֹרָה.
Véahavta lereakha kamokha — Rabbi Akiva omer, zé kelal gadol baTorah.
- « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19,18). Rav Akiva dit : « C’est un grand principe de la Torah. » (Midrash)55
La quête de réussite dans l’étude peut engendrer une certaine distance envers les autres. Le passage suivant choisi par le Rabbi devait donc faire comprendre aux enfants qu’il leur incombait également de se lier d’amitié avec les autres et de les aider à réussir.56 « On ne peut pas se contenter de soi-même, poursuivit-il. On doit agir de même envers ses camarades et son entourage, et y investir la même vitalité, la même sincérité profonde et les mêmes efforts. »57
וְזֶה כָּל הָאָדָם וְתַכְלִית בְּרִיאָתוֹ וּבְרִיאַת כָּל הָעוֹלָמוֹת עֶלְיוֹנִים וְתַּחְתּוֹנִים לִהְיוֹת לוֹ דִירָה זוֹ בְּתַּחְתּוֹנִים.
Vezé kol haadam vetakhlit beriato ouveriat kol haolamot elyonim vetakhtonim : lihyot lo dira zo betakhtonim.
- Telle est la finalité de la création de l’homme et celle de tous les mondes supérieurs et inférieurs : faire pour D.ieu une demeure dans ce monde. (Tanya, Chap. 33.)
Dans le même esprit, exercer une influence positive sur son environnement n’est pas seulement nécessaire : c’est « la plus grande mission qu’un Juif puisse avoir ». Le Rabbi poursuivit : « Il est utile de mémoriser l’enseignement du Tanya selon lequel le but et la finalité de la création de l’homme, et même de la création du monde, sont de faire pour D.ieu une demeure “dans les mondes inférieurs”. Chacun doit faire de lui-même, de son foyer et du monde entier un lieu où D.ieu Se sente à l’aise, comme une personne se sent à l’aise chez elle. »58
« יִשְׂמַח יִשְׂרָאֵל בְּעוֹשָׂיו » פֵּירוּש שֶׁכָּל מִי שֶׁהוּא מִזֶרַע יִשְׂרָאֵל יֵשׁ לוֹ לִשְׂמוֹחַ בְּשִׂמְחַת ה' אַשֶׁר שָׂשׂ וְשָׂמֵחַ בְּדִירָוֹ בְּתַּחְתּוֹנִים.
« Yisma’h Israël beossav » — Pérouch chékol mi chéhou mizéra Israël yech lo lismoa’h bessim’hat Hachem acher sass vessaméa’h bedirato betakhtonim.
- « Qu’Israël se réjouisse en son Créateur » (Psaumes 149,2). Cela signifie que chaque Juif doit se réjouir et prendre part à la joie de D.ieu, qui éprouve joie et plaisir à résider dans ce monde inférieur. (Tanya, Chap. 33.)
Enfin, le judaïsme n’est pas simplement un devoir qu’il faut remplir : la possibilité d’accomplir des mitsvot permet de réjouir véritablement D.ieu en réalisant Son dessein pour le monde. Le Rabbi poursuivit : « Il est également utile de mémoriser un second principe général énoncé par le Tanya : tout cela n’est pas un devoir à accomplir sans joie ou avec peu de joie. Au contraire, “Israël se réjouit en son Créateur” : chaque Juif, quelles qu’aient été son éducation ou sa situation la veille, se voit confier la mission de prendre part à la joie que D.ieu éprouve lorsque l’on accomplit la mission de faire de soi-même, de son foyer et du monde entier une demeure pour D.ieu. »59
L’estime que le Rabbi portait aux jeunes enfants était telle qu’il les croyait capables d’être motivés par la simple conscience que leurs actions procureraient de la joie à D.ieu.
Lorsque le Rabbi acheva son discours, la fanfare défila et la parade commença. Alors que les six premiers passages étaient toujours suspendus au bâtiment derrière lui, le Rabbi demanda que l’on ajoute à la présentation six autres panneaux portant les passages qui venaient d’être introduits. Quelques semaines plus tard, un livret contenant ces passages fut publié. L’illustration de couverture représentait un garçon et une fille étudiant la Torah sous le titre : « 12 passages de la Torah pour les jeunes élèves ».
« Lorsque les livrets seront réimprimés, suggéra le Rabbi lors d’un discours prononcé quelques semaines plus tard, il serait bon d’y ajouter un espace vierge où l’enfant pourrait inscrire son nom, ainsi qu’un espace où il pourrait noter les noms des enfants qu’il a influencés afin qu’ils apprennent les 12 passages, ou qu’ils étudient la Torah et observent les mitsvot. »60 Cela donnerait à l’enfant un sentiment de satisfaction et l’inciterait à en faire davantage.
Cet été-là, dans les colonies de vacances des États-Unis, d’Europe et d’Israël, des dizaines de milliers d’enfants juifs apprirent par cœur les 12 passages de la Torah. À Miami, un journal local rapporta qu’« une centaine d’enfants, tous âgés de moins de treize ans, mémorisent des versets de la Torah dans le cadre d’un programme de colonie de vacances ».61 Et de Méa Shéarim, où dix mille enfants juifs avaient proclamé ces versets à l’unisson, parvint la question de Rav Yaakov Its’hak Weiss :
« Ces passages ont-ils été choisis parce qu’ils possèdent une efficacité particulière en matière de protection spirituelle, afin de “mettre un terme à l’ennemi et au vengeur” ? Ou l’ont-ils été pour leur contenu éducatif, afin de donner aux enfants les fondements de la foi juive ? »
Lors d’un rassemblement qui dura cinq heures, dans la nuit du dimanche 11 juillet 1976 (13 Tamouz 5736), le Rabbi expliqua les raisons du choix de ces passages. Le fait qu’une opération de sauvetage aussi risquée que la mission d’Entebbe ait pu être menée avec succès démontrait, affirma-t-il, « la primauté de l’âme sur le corps et la prépondérance de l’âme du monde — c’est-à-dire D.ieu, qui emplit le monde — sur son aspect extérieur ».62 Cela découlait de l’enseignement fondamental de la ‘Hassidout selon lequel « il n’existe pas de monde autonome ; il n’existe que la puissance divine qui le crée ».63
Selon cette conception, le mal apparaît lorsque les êtres vivants ne reconnaissent pas la présence de D.ieu. Après avoir méthodiquement relié chacun des 12 passages de la Torah à « la voix des enfants et des nourrissons » évoquée par le Psalmiste, le Rabbi poursuivit : « Lorsqu’un enfant court de tous côtés, comme le font les enfants avec leur enthousiasme sans limites, courant partout où il peut aller afin de trouver un autre enfant, ou même un adulte, avec lequel partager les passages de la Torah qu’il a appris, cela brise toutes les limites. La présence de la négativité devient alors impossible, car l’existence de la négativité ne résulte que de la contraction de la divinité [le tsimtsoum]. »64
Que le mal s’exprime sous les traits d’un terroriste en Ouganda ou dans la tentation d’un enfant de trois ans de dire quelque chose de faux, son antidote demeure le même : éduquer l’être humain à savoir qu’il se tient en présence de D.ieu et que le monde entier n’existe que pour accomplir un dessein divin.
Pour le Rabbi, la dissipation du mal sous toutes ses formes était le résultat naturel d’une éducation qui rend les enfants conscients de la présence immédiate de D.ieu dans leur vie.
Le fait que de jeunes enfants puissent vivre la tradition juive et se l’approprier était, selon le Rabbi, essentiel au bien-être du peuple juif. Car, pour reprendre les paroles qu’Akiva Lakser méditait tandis qu’il était détenu en otage sous les néons d’un terminal d’aéroport en décrépitude à Entebbe, dans l’attente de sa libération : « La force du peuple juif vient du fait que nous suivons les voies de D.ieu et que, par une éducation appropriée, nous transmettons cela à nos enfants. Alors, nous surmonterons toutes ces épreuves. »65
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