Il existe de nombreuses controverses et informations erronées autour de cette question ; commençons donc par clarifier les faits de l’histoire.
Après avoir assiégé Jérusalem, les Romains, conduits par Titus, finirent par ouvrir une brèche dans les murailles de Jérusalem et, le 9 du mois juif d’Av, en l’an 69 de l’ère commune,1 détruisirent le Saint Temple et le pillèrent.
En l’an 81 de l’ère commune, peu après la mort de son frère aîné Titus, l’empereur Domitien fit édifier un arc représentant le cortège triomphal qui suivit la victoire de Titus sur Jérusalem. L’Arc de Titus, qui se dresse à Rome jusqu’à ce jour, représente le cortège transportant un certain nombre d’objets pillés dans le Temple juif, notamment les trompettes d’argent, la Table des Pains de proposition et, plus visiblement encore, la Ménorah d’or.
Les trésors pillés à Jérusalem furent conservés et exposés dans ce que l’on appelait les « Jardins de la Paix » de Rome, qui furent construits au moyen du butin pris lors du sac de Jérusalem.2
Le Talmud relate comment Rabbi Eliézer, fils de Rabbi Yossi, avec Rabbi Chimone bar Yo’haï et d’autres Sages, se rendit à Rome pour tenter de faire abroger certains des sévères décrets promulgués contre les Juifs. Pendant leur séjour à Rome, il leur fut miraculeusement donné de guérir la fille de l’empereur, qui était tombée malade. Après l’avoir guérie avec succès, ils purent voir certains des trésors de Rome.3 Ces Sages témoignèrent plus tard avoir vu divers objets pillés dans le Saint Temple, notamment le tsits d’or4 (bandeau d’or porté par le grand prêtre), la Parokhet (rideau)5 et la Ménorah.6
À partir de ces récits, on peut comprendre pourquoi beaucoup affirment que la Ménorah, ainsi que d’autres objets pillés dans le Temple, fut emportée à Rome et pourrait s’y trouver jusqu’à ce jour.
Cependant, lorsque l’on examine cette théorie, la question devient plus trouble.
Le sac de Rome
Les « Jardins de la Paix » de Rome furent endommagés ou détruits à plusieurs reprises, notamment lors d’un incendie en l’an 191 de l’ère commune. Bien que l’ensemble ait par la suite été restauré, il n’est pas clair si les ustensiles y demeurèrent ou s’ils furent peut-être emportés dans un autre lieu de Rome.
En outre, Rome elle-même fut mise à sac et pillée à de nombreuses reprises, notamment en 410 de l’ère commune par les Wisigoths sous Alaric Ier, et surtout en 455 de l’ère commune par les Vandales et les Maures sous le roi Genséric, qui passèrent 14 jours à piller les trésors de Rome.
Qu’est donc devenue la Ménorah ?
Certains affirment que la Ménorah aurait pu être cachée ou perdue dans le Tibre, à Rome, lors de l’un de ces sacs. Certains prétendent que la Ménorah aurait finalement été fondue pour son or. D’autres disent que, selon la légende, lorsque le roi Alaric des Wisigoths mourut peu après le sac de Rome en 410 de l’ère commune, les Wisigoths l’enterrèrent avec la Ménorah qu’ils avaient pillée.7
D’autres encore estiment que la Ménorah fut emportée de Rome par les Vandales lors du sac plus considérable de 455 de l’ère commune et emmenée à Carthage (dans l’actuelle Tunisie). Lorsque Carthage elle-même fut mise à sac, elle finit entre les mains de l’Empire byzantin. Cependant, l’empereur Justinien, en raison de la superstition selon laquelle la Ménorah était maudite, l’envoya à Jérusalem, où elle disparut (détruite ou volée) lorsque les Perses s’emparèrent de Jérusalem au 7e siècle de l’ère commune.8
Et puis, bien sûr, il y a l’affirmation, mentionnée au début de cet article, selon laquelle la Ménorah serait demeurée à Rome et serait actuellement cachée quelque part dans les profondeurs du Vatican. De fait, au fil des années, diverses personnes ont affirmé avoir vu divers ustensiles du Temple au Vatican.
Toutes les théories ci-dessus reposent toutefois sur l’affirmation que la Ménorah du Temple fut effectivement apportée à Rome.
La Ménorah du Temple s’est-elle un jour trouvée à Rome ?
Bien que nous ayons cité la représentation de la Ménorah sur l’Arc de Titus ainsi que le témoignage de Rabbi Chimone bar Yo’haï comme preuves que la Ménorah avait été emportée à Rome, ces preuves, en elles-mêmes, sont sujettes à caution.
Sur l’Arc de Titus, bien que la moitié supérieure de la Ménorah puisse être considérée comme une représentation de la véritable Ménorah du Temple,9 la moitié inférieure ne l’est pas. Elle représente la base de la Ménorah comme semblable à un gâteau à deux niveaux, alors que la Ménorah du Temple avait une base tripode.10 Et la Ménorah de l’Arc est décorée d’images d’aigles, d’un lion de mer et de créatures mythologiques, notamment un dragon, alors que la Ménorah du Temple ne portait aucune de ces figures. (Certains soutiennent que la base elle-même aurait pu être endommagée et remplacée.11 )
À partir de cela, certains expliquent que soit la Ménorah apportée à Rome était, en réalité, l’une des autres lampes du Temple, soit la représentation était fondée sur une Ménorah fabriquée pour ressembler à la Ménorah du Temple.
De même, les Sages ne s’accordent pas avec la description donnée par Rabbi Eliézer de la forme du tsits, ce qui semble indiquer qu’il ne vit pas le véritable tsits, ou du moins qu’il s’agissait d’un tsits qui n’avait pas été confectionné de la manière habituelle.12 Ainsi, le témoignage de Rabbi Chimone bar Yo’haï concernant la Ménorah pourrait lui aussi être sujet à caution.
La Ménorah en étain des ‘Hachmonaïm
Bien que l’on ait beaucoup fait grand cas de la possibilité que la Ménorah ait été apportée à Rome, il importe de garder les choses en perspective.
Le Midrash énumère la Ménorah du Temple — qui avait été faite à l’origine par Moïse pour le Michkane — comme l’un des quelques ustensiles du Saint Temple qui furent cachés par les Juifs avant la destruction du Premier Temple par les Babyloniens.13
Plus tard, durant l’époque du Second Temple, la Ménorah passa par plusieurs versions successives. Dans les termes du Talmud :
[À l’époque des ‘Hachmonaïm, la Ménorah fut façonnée à partir de] broches [shapoudim] de fer, et ils les recouvrirent d’étain. Plus tard, lorsqu’ils s’enrichirent, ils façonnèrent une Ménorah en argent. Et lorsqu’ils s’enrichirent encore, ils façonnèrent la Ménorah en or.14
Ainsi, même si la Ménorah fut effectivement emportée à Rome, en fin de compte, ce n’est pas cette Ménorah-là dont nous avons besoin pour le Troisième Saint Temple. Comme le Midrash15 le conclut au sujet de la dissimulation de la Ménorah, finalement, lorsque D.ieu déploiera Sa miséricorde pour rebâtir Son Temple, Il remettra également à leur place les ustensiles qui furent cachés (y compris la Ménorah) et réjouira Jérusalem. Puisse cela advenir très bientôt, de nos jours !
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