La bénédiction qui est déjà là

Chers amis,

Dans la lecture de la Torah de cette semaine, nous lisons : « Et si vous dites : que mangerons-nous la septième année, puisque nous ne sèmerons pas et ne récolterons pas notre production ? » À cette question si concrète, la Torah répond aussitôt : « J’ordonnerai Ma bénédiction pour vous dans la sixième année, et elle produira pour trois années. »

La paracha Behar s’ouvre par les lois de la Chemita, l’année sabbatique qui revient tous les sept ans, durant laquelle la terre d’Israël cesse d’être travaillée. Puis vient le Jubilé, célébré tous les cinquante ans, après sept cycles de Chemita, qui va plus loin encore : les terres reviennent, les dettes s’effacent, les serviteurs sont libérés. La Torah ne suspend pas seulement le travail de la terre ; elle rappelle à toute la société qu’aucune possession n’est absolue.

Mais la Torah connaît l’homme. Elle sait que la foi n’empêche pas celui qui a faim de demander : « Que mangerons-nous ? » Et cette question, loin d’être écartée, entre dans le texte même de la Torah.

Le Rabbi explique que ce déplacement n’est pas seulement une nuance de structure. Il nous apprend qu’il existe une question qui ne diminue pas la foi, mais l’approfondit : celle de l’homme qui ne cherche pas à se soustraire à la volonté de D.ieu, mais à comprendre comment cette volonté prendra forme dans la vie réelle. C’est la question du « fils sage » : non celui qui met la mitsva à distance, mais celui qui veut l’accomplir pleinement, jusque dans son intelligence.

Car la bénédiction aurait pu prendre de nombreuses formes : peu de nourriture qui rassasie davantage, un secours venu d’ailleurs, ou même une manne descendue du ciel. La Torah précise donc : la sixième année produira une abondance suffisante pour trois années.

Il y a là un renversement profond. D’après les lois naturelles, une terre travaillée sans relâche devrait finir par s’appauvrir. Et pourtant, au moment même où l’homme s’apprête à lâcher prise, elle donne plus qu’auparavant. Lorsque le Juif accepte que sa subsistance ne dépend pas seulement de son effort, mais de la bénédiction de D.ieu, la matière elle-même laisse transparaître la bénédiction qui la fait vivre.

Nos Sages voient dans la Chemita l’image de la Délivrance : après six millénaires de travail vient le septième, temps de paix et de révélation. Nous sommes, nous aussi, dans une « sixième année ». Nous regardons notre génération, ses grandeurs, ses fatigues et ses incertitudes, et nous demandons : d’où viendra la force d’amener Machia’h ?

La réponse demeure celle de la Torah : la bénédiction est déjà placée dans la sixième année. Chaque décision honnête, chaque mitsva accomplie lorsqu’elle coûte, chaque acte de bonté posé alors que nos forces semblent limitées porte déjà quelque chose de cette bénédiction.

Car Machia’h ne vient pas seulement lorsque le monde devient miraculeux ; il vient lorsque, à travers nos actes, le monde commence à reconnaître la bénédiction qui l’habite déjà. Vivre ainsi, c’est déjà laisser paraître la lumière du septième millénaire dans le travail de la sixième année, jusqu’à la Délivrance complète par Machia’h.

Chabbat Chalom !


Vos amis @ Fr.Chabad.org